‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 105 sur 194 · TOUJOURS L’IMAGE · texte numérisé non relu

TOUJOURS L’IMAGE

Je n’analyserai pas Atala page par page; c’est un livre trop facile à lire , et trop difficile à analyser. Je courrai seulement à travers, relevant au passage quelques traits. Parfois le vieux Chactas dans son récit est forcé de s’interrompre par ses larmes :

« Les souvenirs se pressèrent en foule dans son âme; scs jeux éteints inondèrent de larmes ses joues flétries : telles deux sources, cachées dans la profonde nuit de la terre, se décèlent par les eaux qu’elles laissent filtrer entre les rochers.»

Plus loin l’auteur fera dire à Chactas, qui cherche en vain à rappeler sur ses lèvres les brûlantes paroles de sa jeunesse :

« Le vent du midi, mon cher fils, perd sa chaleur en passant sur des montagnes de glace. Les souvenirs de l’apfobr dans le cœur d’un vieillard sont comme les feux du jour réfléchis par l’orbe paisible de la lune, lorsque le soleil est couché et que le silence plane sur les huttes des Sauvages. »

Tniijpnpgrimapl ; mais comme elle es t gr ande^ heureu së^poél uqu a le o m rn e elle atteste la hauteur naturelle de l’imagination qui l’a portée 1 — L’inconvénient sera

des Écritures doucement foulées , et qui ne sont pas réduites en discussion ou ramenées à des lieux communs : Certe qilemadmoduni vina qux sub primant calcalionem molliter defluunt , sunt suaviora quant qux atorrutari erprimuntvr ; quoniam hxc ex acino et cule uvx a/iqitid sapiant : similiter salubres admodum ac suaves sunt doctrinx, qux ex Scripturis leniter expressis émanant, necad controversias aut locos communes trahunlur. » ( De Augmentis Scientiarum, tout à la fin.) Ce que Bacon dit là de l'impression qu’on retire des Saintes Écritures sc peut dire de toute remarque sur les livres anciens ou même plus ou moins nouveaux : la meilleure et la plus douce critique est celle qui s’exprime ainsi des beaux ouvrages , non pressés au pressoir, mais légèrement foulés à une libre lecture. Enfin , pour parler encore avec Bacon , j’aime que la critique soit une émanation des livres.

dans l'habitude; car plusjtard, et môme quand l’image tae vienclrârpas, la plume de l’auteur la cÏÏerchera toujours, "^n’inventera, la forgera plutôt que de s’en passer. La verge continuera, même à sec, de frapper le rocher. . - » -

La tribu est toujours en marche vers le grand village où le prisonnier doit être brûlé. Le soir Atala vient quelquefois visiter à la dérobée le prisonnier sous les liquidambars de la fontaine ; elle trouve moyen d’éloigner le guerrier qui le garde; elle lui détache ses liens, et il A font une promenade ensemble dans la forêt t'

« Sans lui répondre, je pris sa main dans ma main, et je forçai cette biche altérée d’errer avec moi dans la forêt. La nuit était délicieuse. Le Génie des airs secouait sa chevelure bleue, embaumée de la senteur des pins, et l’on respirait la faible odeur d’ambre qu’exhalaient les crocodiles couchés sous les tamarins des fleuves. La lune brillait au milieu d’un azur sans tache, et sa lumière gris de perle descendait sur la cime indéterminée des forêts. Aucun bruit ne se faisait entendre, hors je ne sais quelle harmonie lointaine qui régnait dans la profondeur des bois : on eût dit que l’âme de la solitude soupirait dans toute l’étendue du désert. »

Est-il besoin d’indiquer cet effet magique d’harmonie qui rend l’effet de lumière vague et d’ombre : sur la cime indéterminée des forêts ? Plus loin il dira, rendant également le vague de l’étendue par le vague des sons : « Le désert déroulait maintenant devant nous ses solitudes démesurées' ... »

* Et dans les Martyrs, pour rendre la douceur des horizons de l'Arcadie sous les rayons de la lune : « Les hauts sommets du Cyllène , les croupes du Pholoée t du Thelphusse , les forêts d 'Anémose et de Phalante, formaient de toutes parts un horizon confus et vaporeux. « (Liv. xii.) Jamais avec des sons et par l'oreille on n’a mieux réussi à rendre un effet de vue et de couleur.

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