‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 107 sur 194 · CHATEAUBRIAND ET BERNARDIN PEINTRES DE L’INEFFABLE · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND ET BERNARDIN PEINTRES DE L’INEFFABLE

d ues est la première ^ titre de signa l et d’exemple ; elle est aussi la plus direc te, la. plus large et la plus simple, mais elle peut s’imiter, se copier presque (quand on a du talent) , et elle a été maint» fois, reproduite en effet dans 1 de belles pages qu’on dirait de lui, et qui sont ou de M. de La Mennais ou de M me Sand. Mais Bernardini de i Saint-Pierre, mais Chateaubriand, on n'y parvient pas , ils déjouent le disciple; ils ont plus que Jean-Jacoues l’e xpression créée, l’expression rare et imp ossibl e pour ( tout autre que pour eux. Ils ont dérobé la nuance , lai demi-teinte, le reflet ; ils ont réussi à saisir et à rendre» le sentiment de l’ineffable. .

' ‘ Les Anciens n’ont pas tout à fait suivi cette même marche compliquée dans la peinture des choses naturelles. Les plus anciens poètes et peintres ont dès l’abord réfléchi les objets dans toute leur étendue, et aussi dans toute leur distinction variée et leur fraîcheur. Les derniers venus comme Théocrite ont un peu raffiné peutêtre en exprimant, mais encore ils n’ont pas cessé d’être de l’école des premiers et grands peintres. C’est que les Anciens n’ont pas eu à faire comme les Modernes, qui sont partis de l’abstrait et du factice social pour revenir au naturel, et qui ont eu tout à reconquérir en ce genre.

Il a fallu faire violence aux habitudes de salon pour reprendre pied, pas à pas, dans la nature. Il a fallu (à la lettre) sortir de l’hôtel Rambouillet pour découvrir le Mont-Blanc et même la vallée de Montmorency.

Je reviens à Atala, qui nous est une occasion pour relever et définir, chemin faisant, les qualités principales de l’écrivain que nous étudions.

Arrivé au grand village, Chactas, qui n’est pas délivré, se voit à la veille de son supplice. Il y a là un conseil tenu à son sujet entre les Sachems, dans lequel figurent cinquante vieillards en manteau de castor rangés sur des

gradins. Cette partie du poëme est un peu singulière et * prête à la plaisanterie. On ne peut s’empêcher de sourire en entendant cette matrone qui se lève pour répondre à un Sachem de la tribu de l’Aigle , et qui lui dit : « Mon père l’Aigle, vous avez l’esprit d’un renard et la prudente lenteur d’une tortue. » Ce sont là les faiblesses du genre

Enfin Chactas est délivré, et il fuit avec sa libératrice dans le désert. J’indique en passant de gracieuses images qui sont faites exprès pour attirer le regard :

« Quand nous rencontrions un fleuve , nous le passions sur un radeau ou à la nage. Atala appuyait une de ses mains sur mon épaule , et, comme deux cygnes voyageurs, nous traversions ces ondes solitaires. »

Et plus loin :

« Ces profondes solitudes n’étaient point troublées par la présence de l'homme. Nous ne vîmes qu’un chasseur indien qui, appuyé sur son arc et immobile sur la pointe d’un rocher, ressemblait à une statue , élevée dans la montagne au Génie de ces déserts. »

Touj ours, toujours le procédé 1 Ohl nousie connaîtrons bien. Est-il donc si nécessaire de terminer jibsoluffient sa pensée , bon gré mal gré , en Image ou en stat ue? Quand la pensée ou la chose aperçué neTse présente qu’à l’état pur et simple, pourquoi ne pas la laisser telle sans la tourmenter pour la revêtir, comme si l’on avait toujours à parler devant des enfants ou devant dès Sauvages? Q.n me dira que Chactas e st un Sauvage. Il le serait plus, s’il ne se piquait pas tant de l’être.

Chactas cependant ne peut rien comprendre aux con-

4 Ce qu’un de nos amis ; homme d'esprit et qui s'entend à nommer les choses , appelle le tatouage, et le mot est si bien indiqué ici qu’il se peut que je l’aie déjà employé moi-même.

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