‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 108 sur 194 · TOMPE NUPTIALE DE CHACTAS ET DE RENÉ · texte numérisé non relu

TOMPE NUPTIALE DE CHACTAS ET DE RENÉ

tradictions d’Atala qui l'aime et le repousse , qui l’enchante et le désole sans cesse. La scène de l’orage va lui livrer la clé de ce cœur combattu. Sous les coups redoublés du tonnerre, à la lueur des pins embrasés, Atala lui raconte son histoire : Atala est chrétienne. Elle n’est pas, comme on le croit, la fille du magnanime Simaghan, elle est la fille de Lopez, de ce vieil Espagnol qui fut le bienfaiteur de Chactas. Mais laissons cette romanesque histoire. La beauté de la scène (et elle est grande) se retrouve tout entière dans la situation, dans l’immensité de l’orage et de l’incendie , dans la résistance, motivée ou non, d’une simple et fragile mortelle, dans.ce cri de Chactasjjui i estplutôt déjà celui de René, c elui de tout cœ ur malade et ulcéré qui se retourne et cherche ses représailles contre le Ciel >

« Pompe nuptiale, digne de nos malheurs et de la grandeur de nos amours : superbes Forêts qui agitiez vos lianes et vosdômes comme les rideaux et le ciel de notre couche, Pins embrasés qui formiez les flambeaux de notre hymen. Fleuve débordé, Montagnes mugissantes, affreuse et sublime Nature, n’étiez-vous donc qu’un appareil préparé pour nous tromper, et ne pûtes-vous cacher un moment dans vos mystérieuses horreurs la félicité d’un homme ! »

O Chactas I ce n’est pas vous qui avez poussé ce cri déchirant : celui qui l’a poussé, et qui le poussera bien des fois encore, e st ce même cœur mala de et incapable d e bon heur en même tern ji§ jju’ij __erugst insatiable, ce cœur de Prométhée que le bonheur même, une fois trouvé , ne remplirait pas et qui le rejetterait bien vite plutôt que de s’en contenter, qui le renierait avec mépris en se retournant encore contre les Cieux. C’est celui qui, parlant un jour en son propre nom et dans tout son orgueil à la femme subjuguée , a livré en ces termes effrayants son désolé secret :

« ... Ne croyez pas désormais recevoir impunément les caresses d’un autre homme; ne croyez pas que de faibles embrassements puissent effacer de votre âme ceux de René. Je vous ai tenue sur ma poitrine au milieu du désert, dans les vents de l’orage , lorsqu’ après vous avoir portée de l’autre côté d’un torrent, j’aurais voulu vous poignarder pour fixer le bonheur dans votre sein, et pour me punir de vous avoir donné ce bonheur. C’est toi. Être suprême, source d’amour et de beauté, c'est toi seul qui me créas tel que je suis, et toi seul me peux comprendre ! Oh ! que ne me suis-je précipité dans les Cataractes au milieu des ondes écumantes? je serais rentré dans le sein de la Nature avec toute mon énergie *. »

Telle est dans toute sa franchise, dans tout son blasphème, l’inspiration qui se peut dire infernale et satanique ; mais elle ne se produit ailleurs qu’à demi voilée et comme dans un faux jour, en se mêlant frauduleusement à un rayon d’en haut. Nous la retrouverons dans René, dans Velléda. C’est elle qui s’élance du sein de l’orage dans Atala, et qui , autant que l’imagination descriptive du début, répand sur ce petit poëme la grandeur.

Il faut convenir toutefois que tout cela est étrangement placé dans le -G&nie du Christianisme. J’aimerais autant dire que de telles histoires sont des pièces justificatives de 1 ’Hamlet de Shakspeare ou du Prométhée enchaîné d’Eschyle.

Chaetas et Atala ont été trouvés pendant l’orage et sauvés par le Père Aubry, un vénérable missionnaire qui a fondé près de là une colonie d’indiens convertis au Christianisme : cette portion du réait a pour titre les Laboureurs , comme la portion précédente s’intitulait les Chasseurs. Ce Père Aubry, l'homme des anciens jours, est

4 Lettre de René à Céluta au tome II des Natchez.

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