HOMÈRE EX SALOMON
x célèbre, et il a été accueilli à son entrée en scène par bien des plaisanteries. L’auteur a corrigé plus d’un passage qui y avait donné lieu : on ne voit plus dans Atala, telle que nous l'avons aujourd’hui , le nez aquilin du Père Aubry et sa longue barbe « qui avaient quelque chose de sublime dans leur quiétude, et comme d’aspirant à la tombe par leur direction naturelle vers la terre. » — Somme toute, cette partie du poème est grandiose, quoique un peu raide et pleine d’effets calculés :
« En descendant la montagne, j’aperçus des chênes où les Génies semblaient avoir dessiné des caractères étrangers. L’ermite me dit qu’il les avait tracés lui-mème, que c’étaient des vers d’un ancien poète, appelé Homère, et quelques sentences d’un autre poète plus ancien encore, nommé Salomon. 11 y avait je ne sais quelle mystérieuse harmonie entre cette sagesse des temps, ces vers rongés de mousse, ce vieux solitaire qui les avait gravés, et ces vieux chênes qui lui servaient delivres. »
Pour le plaisir de faire la réflexion si concertée, l’auleur, par ht bouche de Chactas, accumuje les invraisemblancesj et fait du Père Aubr y un sa vant curieux qui’, au ttesoin , rédigerait son Anthologie. — Et plus loin, au moment de la célébration des saints mystères :
a L'aurore paraissant derrière les montagnes enflammait l'Orient. Tout était d’or ou de rose dans la solitude. L’astre annoncé par tant de splendeur sortit enûn d’un abîme de lumière, et son premier rayon rencontra l’hostie consacrée, que le prêtre en ce moment même élevait dans les airs. O charme de la religion ! ô magnificence du culte chrétien! etc., etc. »
Et il tire de cet accident du rayon une raison de croire ; je dis il, c’est-à-dire l’auteur, car ce ne peut être Chactas qui, cinquante ans après, n’est pas converti encore. L’invraisemblance en fait de caractère s’ajoute ici
à la légèreté et au faux brillant en matière de foi. Bon Dieu 1 que dirait Calvin qui , dans sa colère , compare la messe à une Hélène, de la voir ainsi mêlée à l’Aurore aux doigts de rose ? Mais que doivent penser surtout de cesjeux .de lumière ceux qui croient tout gravement au Saint-Sacrement de l’autel , et qui, par conséquent, n’y croient pas moins les jours de nuage que les jours de soleil ?
Le Drame commence, présentant le tableau de la mort et des derniers instants d’Atala qui s’est empoisonnée durant l’orage, croyant par là ( pauvre ignorante 1 ) satisfaire au vœu de sa mère et se garantir d’elle-même. Il y aurait , du point de vue moral , bien des choses à opposer (même après ce que dit le Père Aubry ) à cette fatale superstition d’Atala, à cette invention romanesque et violente ; mais , arrivé à cet endroit du récit , on est subjugué , on est ému, et l’on ne raisonne guère. — Les paroles d’Atala mourante sont d’ailleurs animées d’un sublime délire de passion ; elles répondent en- beauté , en énergie brûlante, au cri que Chactas a poussé tout à l’heure dans la forêt: « Quel dessein n’ai-je point rêvé? quel songe n’est point sorti de ce cœur si triste?... » Et tout ce qui suit, où s’exhale ce vœu forcené d’un bonheur à tout prix, même à travers l’anéantissement de Dieu et du monde^
A un moment, Atala mourante dit à Chactas : « Le soleil doit être près de se coucher maintenant. Chactas, ses rayons seront bien beaux au désert, sur ma tombe ! » — Je ne sais si Atala a pu avoir un telle pensée, si elle s’est figuré d’avance cet effet de lumière ; mais il est certain que ç’a été une idée fixe de l’auteur que cette perspective funèbre : comme les rois d’Égypte , il a passé sa vie à méditer et à projeter son sépulcre. Il s’est redit perpétuellement : « Cet Océan qui m’a