TOME I
sont fixés et comme acclimatés dans la région exclusivement brillante, quand le sujet les convie à en sortir ou les y force , ils ne le font pas naturellement et avec aisance. Ils ont un plus long chemin à faire. Quand il faut raisonner, souvent ils sont faibles, ils se prennent à des lueurs d’idées, ils portent partout un excès de rayon. Un jour Bernardin de Saint-Pierre, comme directeur de l’Académie française , eut à répondre aux discours de MM. Laujon, Raynouard et Picard, qu’on recevait à la fois (24 novembre 1807). Jamais on ne vit moins de souplesse et de grâce, et certes il en aurait fallu beaucoup. A partir d’un certain endroit de son discours l'orateur rentre dans ses idées philosophiques , dans ses images familières, et s’y abandonne démesurément f
« La France n’était plus éclairée , dit-il, que par de fausses lumières. Toute philosophie avait disparu. Tel est notre pôle , abandonné du soleil, lorsqu’une aurore boréale, toujours expirante, ne peut plus y enfanter le jour, et n’annonce a la nuit nue de nouvelles nuits : ses rayons, décolorés et tremblants, n’y laissent entrevoir qu'un océan de glace, et ne montrent sur ses rivages d’autres êtres vivants que des renards arctiques acharnés sur des cadavres. — Où étiez-vous alors, filles chenes de la philosophie. Muses françaises? quelle sombre forêt, quelle grotte caverneuse vous tenait cachées ?...
« Enfin, s’écrie-t-il encore, le Ciel nous envoya un libérateur Ainsi l’atgïe s’élance au milieu des orages ; en vain les autans le repoussent et font reployer ses ailes, il accroît sa force de leur furie, et, s’élevant au haut des airs, il s avance dans l’axe de la tempête, à la faveur même des vents contraires. Tel apparut aux regards de 1 Europe conjurée cet homme dont la vertu s’accroît par les obstacles, ce héros philosophe 1 organisé pour l’empire... »
i Accordez-lui, puisqu’il le faut, toutes les louanges : de grâce seu lement n’y mêlez pas celle de philosophe.