CHACTAS PEINTRE ET STATUAIRE
fuir et sourire. Dans ses joues, d’une blancheur éclatante, on distinguait quelques veines bleues. Ses beaux yeux étaient fermés, ses pieds modestes étaient joints, et ses mains d'albâtre pressaient sur son cœur un crucifix d’ébène ; le scapulaire de ses vœux était passé à son cou. Elle paraissait enchantée par l’Ange de la Mélancolie et par le double sommeil de l'innocence et de la tombe. Je n’ai rien vu de plus céleste. Quiconque eût ignoré que cette jeune fille avait joui de la lumière aurait pu la prendre pour la statue de la Virginité endormie. »
Ce Chactas, avant d’être amant, est certainement peintre eLstatuaire ; c’est à croire qu’à son passage en France il a étudié le Primatice. Il se souvient du trépas sacré de Polyxène. Girodet, dans son tableau si connu, n’a fait que copier littéralement le poète et le traduire. Ce
g ro .UPS..d£.Ç bm. n d £âLU0J39d£££& de Caaova; une morbidezza divine y respire.
« La lune prêta son pâle flambeau à cette veillée funèbre. Elle se leva au milieu de la nuit comme une blanche Vestale qui vient pleurer sur le cercueil d’une compagne. Bientôt elle répandit dans les bois ce grand secret de mélancolie qu’elle aime à raconter aux vieux chênes et aux rivages antiques des mers... »
Admirons ici le génie de Chateaubriand dans toute son originalité et sa beauté. Il trouve moyen d’ajouter eq core quelq u e cl^ osé ai d^iiciepx ftt si élyséenT'ae Bernardin de Saint-Pierre. Les siens ont quelque chosejle^pju^ mélaQColique et comme de doulQHXfiUg.
Et plus loin, après cette nuit de poésie et de prière, et encore plus enchantée que bénie :
« Cependant une barre d’or se forma dans l’oriept. Les éperviers criaient sur les rochers , et les martres rentraient dans le creux des ormes : c’était le signal du convoi d’Atala.
Je chargeai le corps sur mes épaules ; l’ermite marchait devant moi , une bêche à la main. Nous commençâmes à descendre de rocher en rocher; la vieillesse et la mort ralentissaient également nos pas... »
Cette barre dé or, ces martres, ces éperviers donnant le signal de l’aurore , sont de ces traits qui ne se trouvent point si on ne les a observés. C’est ce qui met à l’idéal même le sceau de la réalité'. On croit en effet à la réalité des choses qui sont attestées par de tels signes caractéristiques surpris dans la nature. Quel dommage que celui qui savait les voir ne s’y soit pas tenu, et qu’il ait à tout instant excédé 1
« Prenant alors un peu de poussière dans ma main , et gardant un silence effroyable *, j’attachai pour la dernière fois mes yeux sur le visage d’Atala. Ensuite je répandis la terre du sommeil sur un front de dix-huit printemps... »
Chactas, dans cette belle description ( trop belle pour être e ntièrement touchante) , n’a d autre deiailï que de faire trop d’attention à l’effet qu’il éprouve et à celui qu’il produit , et de trop regarder toute chose et luimême.
Il y a trois grandes on touchantes scènes de funérailles qui peuvent se rapprocher et se comparer : les funérailles de Vi rginie , celles" jTïtalâ^ et celles de Manon Lescau t , puisque décidément nous prenons sur nous de la nommer, la pauvre fille! à côté de ces nobles créatures. Les funérailles de Virginie nous sont présentes : d’ailleurs, si pathétiques qu’elles soient, elles se firent avec régularité et avec pompe ; mais dans les funérailles de Manon, comme dans celles d’Atyla, c’est
' Expression de M. Vinet.
2 Effroyable pour qui ? Il n’y a pas d’autre témoin que le Père Aubry. f