ATALA ET MANOR LESCAOT
l’amant, l’ami passionné et désolé qui doit ensevelir lai-môme son plus cher trésor.
Dans cette incomparable et ji naturelle Histoire du chevaHcr ÜertjTiëüx ei de Manon Lescaut , ce qui manque ou plutôt ce qui est absent d’un bout à l’autre, et à quoi personne (auteur ni lecteur) nê^soirge, c’est la^, poésie, c’est l’art : ce qui domine et anime tout, c’est lapàssïôîT, — la passion dans soncourTTê" plus naturel et le plûs“abandonn57^<îaiîT5a physionomie la plus ingénue et la plus expressive. Quand il arrive par . hasard que l’auteur, le narrateur veut trouver une image, une comparaison, il est faible et vague, ou commun’; mais tout ce qui sort du cœur des personnages est direct, naturel, vif, court et brûlant. Tout est en action. Ainsi, dans ces funérailles de Manon, le malheureux chevalier raconte comment en Amérique (dans cette Amérique qu’il s’inquiète si peu de décrire) , après son duel avec le neveu du gouverneur de la Nouvelle-Orléans, blessé lui-même il prend la fuite avec Manon; et là, dans le désert, elle expire dans ses bras de lassitude et d’épuisement; il ne prend pas ce moment pour prodiguer les couleurs :
€ Pardonnez si j’achève en peu de mots un récit qui m r 4 ue. le vous raconte un malheur qui n’eut jamais d’exemple jte
ma vie est destinée à le pleurer. Mais quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire , mon âme semble reculer d’horreur chaque fois que j’entreprends de l’exprimer.
« Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie, et je n’osais pousser le
’ Ainsi quand Des Grienx, depuis un an abbé à Saint-Sulpice , se retrouve tout d'un coup au parloir face à face avec Manon : « Je frémissais, dit-il pour rendre son étonnement, comme il arrive lorsqu’on se trouve la nuit dans une campagne écartée, etc. *• La comparaison, la métaphore n’était pas encore inventée ou perfectionnée.