LE GI1AND SECRET DE MÉLANCOLIE
conte-t-elle aux vieux chênes et aux antiques rivages des mers plutôt qu’aux vallées profondes, aux montagnes et aux fleuves? »
C’est pour le coup qu’il faut s’écrier : Panurge ! pauvre Panurge ! tu essayes en vain de parler mélancolie : jamais rayon de poésie n’a percé la sécheresse de tes méninges; jamais rayon de lune n’a illuminé ton rêve ! — Mais nous en avons assez *.
Critique, raillerie, louange, tout en définitive grossissait la vogue,' et le succès A’ Atala fut prodigieux, x" Déchirée par les uns , dévorée par les autres, elle occupait l’attention publique qui, pour la première fois depuis douze années, avait loisir de se reporter aux choses littéraires. 11 n’y avait pas encore un an qu ’Atala avait paru, et déjà elle était traduite dans presque toutes les langues de l’Europe, en espagnol , en ita- ^ lien , deux fois en anglais, en allemand. Annonçant la publication de deux volumes intitulés : Résurrection d' Atala et son Voyage à Paris, le Mercure disait ( 47 fructidor an X, 4 septembre 4802) :;« Encore deux volumes sur Atala 1$ n vérité elle a déjà donné lieu à plus de criti- „
1 « Je suis bien aise d'avoir vu ce vieil abbé Morellet, ce patriarche des incrédules. On voit qu’il y a eu de l’esprit dans cette tête-là, et ij y a encore quelque mouvement. » ((Chênedollé, vers 1808 ou 1809.) — J’aurais pu, à côté de l’abbé Morellet, introduire encore et prendre à partie l’abbé de Pradt qui, plus tard il est vrai, dans une note du tome ni, page 443, de son ouvrage : Les Quatre Concordats (1818), a fait une critique assez développée à' Atala. Il y avance et y pose, en commençant, que « les Mille et une Nuits sont un prodige de vraisemblance en comparaison de la fable d'Atala; » et il le démontre assez bien. Mais lui, à son tour, le sémillant abbé, il ne sent pas plus que le lourd abbé, le coin de supériorité de l’œuvre ; il n’y voit qu’un pastiche, unecontrefaçon du naïf, une singerie du sauvage : il ne tient pas compte de l’élément original et neuf qui perçait et faisait événement dans cette peinture.
ques et de défenses que la philosophie de Kant n’a de commentaires. »
En terminant notre analyse de YFssai, nous avons pu dire que nous connaissions à peu près tout l’homme en M. de Chateaubriand. Maintenant que nous finissons avec Atala, nous connaissons en lui l’artiste. Nous aurons encore beaucoup à admirer, mais non beaucoup à apprendre. Nous tenons le procédé et le secret de son talent : ce ne sera plus ensuite que des applications diverses.