‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 125 sur 194 · FONTANES AD MONITEUR · texte numérisé non relu

FONTANES AD MONITEUR

Cette reine magnifique lit son entrée ce jour-là, au milieu des acclamations et même des larmes Dans l’article du Moniteur 11 par lequel il préconisait le Génie du Christianisme , Fontanes ne manquait pas de faire ressortir ce qu’il y avait d’imprévu et comme de divinement préparé dans cet accord et cette alliance , dans ce concours harmonieux des forces jde la pensée et du génie vers un même but si longtemps méconnu. La critique s’inspire ici des grandes choses qu’elle contemple et y prend une sorte de majesté oratoire. Je me plais à rapporter, à offrir simplement toutes ces pages, en les rassemblant au vrai point de vue; c’est le moyen de n’en laisser fuir aucun rayon. Lues isolément elles perdent beaucoup de leur vrai sens et de leur effet ; elles se refroidissent.

L’article de Fontanes portait pour épigraphe la belle parole de Montesquieu i « Chose admirable! la Religion chrétienne , qui ne semble avoir d’objet que la félicité de l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » M. de Chateaubriand avait déjà inscrit ce mot, également à l’adresse des croyants et des politiques, en tête du Génie du Christianisme. ■ ~

« Cet ouvrage longtemps attendu (écrivait Fontanes), et commencé dans des jours d’oppression et de douleur, paraît quand tous les maux se réparent, et quand toutes les persécutions finissent. Il ne pouvait être publié dans des circonstances plus favorables. C’était à l’époque où la tyrannie ren-

' Quand on lui parlait de la différence de succès qu’il y avait eu entre la Législation primitive et le Génie du Christianisme , publiés dans le même temps, M. de Bonald disait plus familièrement dans le tête-à-tête : « J’ai donné ma drogue en nature, et lui il l’a donnée avec du sucre. »

2 Ce premier article de Fontanes sur le Génie du Christianisme avait paru dans le Mercure le 25 germinal (an X, 15 avril 1802); le Moniteur du 28 germinal (18 avril) ne faisait que l’emprunter au Mercure.

versait tous les monuments religieux, c'était au bruit de tous les blasphèmes et , pour ainsi dire , en présence de l’athéisme triomphant, que l’auteur se plaisait à retracer les augustes souvenirs de la Religion. Celui qui, dans ce temps-là, sur les ruines des temples du Christianisme , en rappelait l’ancienne gloire, eût-il pu deviner qu’à peine arrivé au terme de son travail, il verrait se rouvrir ces mêmes temples sousles auspices d’un grand homme? La prédiction d’un tel événement eût excité la rage ou le mépris de ceux qui gouvernaient alors la France, et qui se vantaient d’anéantir par leurs lois les croyances religieuses que la nature et l’habitude ont si profondément gravées dans les cœurs. Mais , en dépit de toutes les menaces et de toutes les injures, l’opinion préparait ce retour salutaire, et secondait les pensées du génie qui veut reconstruire l’édifice social. Quand la morale effrayée déplorait la perte du culte et des dogmes antiques, déjà leur rétablissement était médité par la plus haute sagesse. Le nouvel orateur du Christianisme va retrouver tout ce qu’il regrettait. Du fond de la solitude où son imagination s'était réfugiée, il entendait naguère la chute de nos autels : il peut assister maintenant à leurs solennités renouvelées. La Religion, dont sa majesté s'est accrue par ses souffrances , revient d’un long exil dans ses sanctuaires déserts, au milieu de la victoire et de la paix dont elle affermit l’ouvrage. Toutes les consolations l’accompagnent, les haines et les douleurs s’apaisent à sa présence. Les vœux qu’elle formait, depuis douze cents ans , pour la prospérité de cet Empire, seront encore entendus , et son autorité confirmera les nouvelles grandeurs de la France, au nom du Dieu qui, chez toutes les nations, est le premier auteur de tout pouvoir, le plus sur appui de la morale, et par conséquent le seul gage de la félicité publique.

# Parmi tant de spectacles extraordinaires qui ont, depuis • quelques années, épuisé la surprise et l’admiration, il n’en est point d'aussi grand que ce dernier. La tâche du vainqueur était achevée; on attendait encore l’œuvre du législateur. Tous les yeux étaient éblouis, tous les cœurs n’étaient pas rassurés ; mais , grâce à la pacification des troubles religieux qui va ramener la confiance universelle, le législateur et le vainqueur brillent aujourd’hui du même éclat.

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