‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 136 sur 194 · IMAGE VERTICALE · texte numérisé non relu

IMAGE VERTICALE

tir d’une coquille comme un poussin? Que ce contraste renferme de vérités attendrissantes ! Combien il fait aimer jla bonté de Dieu! »

Cette prédilection marquée pour les crocodiles est un côté d’énormité et de difformité légère par où M. de Chateaubriand se rattache à certaines difformités romantiques modernes, qui ont fort grossi depuis lui, mais dont le principe et le germe se trouvent là pour la première fois dans notre littérature.

Ses procédés habituels de peinture à effet se retrouvent à chaque pas. La poule d’eau aime à se percher sur les armoiries sculptées des vieux châteaux : « On la prendrait, avec son plumage noir et le cachet blanc de sa tête, pour un oiseau en blason , tombé de l’écu d’un ancien chevalier, » tandis que la poule sultane (en Égypte) « se tient immobile sur quelques débris, comme un oiseau hiéroglyphique de granit et de porphyre. » Veut-il peindre des marais plantés de joncs et leur genre de beauté aquatique : « Le vent glissant sur ces roseaux incline tonr à tour leurs cimes : l’une s’abaisse, tandis que l’autre se relève ; puis soudain, toute la forêt venant à se courber à la fois , on découvre ou le butor doré , ou le héron blanc , qui se tient immobile sur une longue patte, comme sur un épieu. » Ce genre d’image verticale, qui termine une description comme en pointe, produirait encore plus d’effet / si évidemment il ne la recherchait pas et ne la prodiguait pas. Il en résulte une sorte » de roideur. Le lecteur, au lieu de suivre un courant, — un fleuve naturel] de pleine et riche parole, — marche en quelque sorte sur des pointes continuelles, dont quelques-unes, tout d’un coup plus hautes, se dres-

borne à relever l'excès et l’abus qu'il fait de l'idée de création, telle même qu’il la conçoit.

Page 1