EXAGÉRATIONS ET OMISSIONS
pect des montagnes, les rivages de la mer, où des femmes exilées regardent, en pleurant, l’immensité des flots :
. . . . Cunctæque profundum
Pontum adspectabant flentes * »
Le critique-poete termine par une de ces perspectives de l’infini, comme il les aime. Tout mis en balance, on croit sentir sa prédilection de cœur pour Virgile.
L’expression des sentiments et des beautés classiques, comme les Français l’entendent , n’a jamais été au delà de ce qu’on vient de lire. C’est un égal, c’est un pareil qui juge avec amour de ses frères. L’Allemagne avait ses Lessing, ses Herder : nous avions à -leur opposer ces pages et quelques autres encore. *
A côté des remarques exquises il y a les excès et les exagérations. Il y a aussi les omissions. Ginguené, qui sait lTtaiie, fait observer que l’auteur n’a tiré pour sa cause aucun parti de Dante, et il en conclut que la Divine Comédie, très-peu connue alors et très-peu appréciée en France, lui était étrangère : il a raison. L’auteur qui cherche partout l’influence du Christianisme , et qui souvent la crée où elle n’est pas , oublie également de la faire remarquer chez Pétrarque , lequel était pourtant plus accessible que Dante. En fait d’assertions excessives, l’auteur prétend que « c’est la Religion qui nous a donné les Claude Lorrain, comme elle nous a fourni (le pendant est très-inégal) les Delille et les Saint- Lambert. » Il avance que « c’est au Christianisme que Bernardin de Saint-Pierre doit son talent pour peindre les scènes de la solitude. » Il se pique lui-même d’avoir puisé le style descriptif dans les Lettres des Mis-
' Enéide, liv. V, 614; — et Génie du Christianisme, 2 * partie, liv. II, chap. 10.