TOME I
sionnaires, et notamment chez le Père Dutertre, et il a soin de mettre dans l’oubli Jean-Jacques; il aime mieux, dans l’intérêt de son sujet comme de son amour-propre, relever du bon religieux presque inconnu que de celui qu’il appelait à ses débuts le grand Rousseau' . Il trouve dans l’architecture de l’Hôtel des Invalides et de l’École militaire un témoignage de la foi du siècle qui a élevé ces monuments. Ginguené l'a aussi repris trèspertinemment sur la musique, qu’il savait, et que [Chateaubriand ne savait pas :
« Il y avait, dit le critique en ceci très-judicieux, un bon chapitre à faire sur les services rendus à la musique moderne par la religion romaine, et sur ceux que la musique lui a rendus à son tour; mais il aurait fallu connaître, sinon l’art même, au moins l’histoire de l’art. Alors on aurait dit quelque chose de signifiant et de raisonnable ; on se serait surtout gardé de donner cette singulière leçon de composition musicale :
« Le musicien qui veut suivre la Religion dans tous ses rapa ports est obligé d’apprendre l’imitation des harmonies de la a solitude. 11 faut qu’U connaisse ces notes mélancoliques que « rendent les eaux et les arbres ; il faut qu’il ait étudié le bruit iCdes vents dans les cloîtres, et ces murmures qui régnent dans a. l’herbe des cimetières, dans les souterrains des morts et dans « les temples gothiques. » Je puis affirmer à M. de Chateaubriand qu’il ne faut à un compositeur rien, absolument rien de semblable, que ni le grand Palestrina au xvi 6 siècle, ni iiu-
4 C’est dans l’Fssai (édit, de 182G) qu’il faut chercher en maint endroit les premiers jugements de l’auteur sur Rousseau et ses rétractations. Le passage essentiel se trouve au tome I er , pages 166-170. Son second jugement est juste, mais bien sévère. Que serait-ce de Chateaubriand lui-même , si on le jugeait sur ce pied-là ? « Rousseau, dit-il, n’est définitivement au-dessus des autres écrivains que dans une soixantaine de lettres de la Nouvelle Héloïse, dans ses Rêveries et dans ses Confessions ...» Et lui, Chateaubriand, à ce taux-là, il n'est définitivement supérieur que dans René , dans quelques pages du Génie du Christianisme, dans les épisodes des Martyrs, et dans la polémique politique. En un mot, il a des pages partout, mais rien que des pages.