‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 147 sur 194 · GÉNIE 00 PAGANISME · texte numérisé non relu

GÉNIE 00 PAGANISME

quelquefois elle est obscurcie par la poussière qu’un siècle fait en s’écroulant; mais aussitôt que le nuage s'est dissipé, on voit reparaître la majestueuse figure, qui s’est encore agrandie pour dominer les ruines nouvelles. »

Laissons Homère, qui est hors de cause, et qui n’intervient ici que pour l’ornement. Tout cela, bien qu’ampliflé, était vrai jusqu’à un certain point, et bon à dire alors; mais les disciples et continuateurs de Chateaubriand ont abusé de ,1a permission^®# rabaisser le xvm e siècle, ce siècle qui eut plus de^j WÊg que de grandeur, et plus d’audace encore que de venté : il ne serait que juste, à notre tour, de le relever et de le maintenir aujourd’hui. Bossuet, certes, et ir.yg^cine restent sublimes par le talent; mais si, laissa^PKnne et allant au fond , on avait à choisir pour son propr^ommerce des esprits fermes, désabusés, guéris des^jlréventions originelles, enhardis à juger avec étendue et liberté de toutes choses, il en est d’autres qu’on irait chercher de préférence, et c’est encore dans le siècle ouvert sous la présidence de Fontenelle qu’on en trouverait le plus *.

En refeuilletant cette partie de l’ouvrage avant de la quitter, je me reproche de n’y avoir pas admiré plus d’un tableau, — un entre autres, qui se trouverait d’ailleurs encore plus à sa place dans le Géni^u Pagaiÿs^ que dans celui du Christianisme. Il s’agit a es ruines considérées sous les rapports du paysage , et qui sont plus pittoresques que le monument frais et entier. L’auteur en vient aux ruines de la Grèce , qu’il n’avait pas vues en-

1 Je nomme Fontenelle à dessein, et j’insiste sur la première moitié du siècle , où la déclamation et la manie de propagande n’avaient pas encore pris le dessus, comme dans la seconde. Que d’esprits aimables fermes, fins, éclairés, ayant hérité du goût du dernier siècle et v joignant une liberté d’idées toute moderne! les Desalleurs les Launay, les Du Deffand et tant d’autres, la race des Harailton !

core, mais qu’il devine, et qu’il nous peint avec les couleurs d’Apelles 1 .

La quatrième partie du Génie du Christianisme, qui a pour titre le Culte, contient de tout : le premier.- chapitre s’intitule Des Cloches , et le dernier Politique et ' Gouvernement. Tout passe dans l’intervalle, Costumes religieux, Cérémonies, Solennités, Fête-Dieu, Rogations. Fonta nes a heui'eusement comparé ce tableau des RogationfÊf ^ Chateaubriand à l’antique pompe de Cérès décritel^Bs charmants par Tibulle :

Quisquis ailes , faveas ; fruges lustramus et agros, Ritus ut a prisr.o traditus exstat avo...

Di patriu^f^jpus agros, purgamus agrestes...

Ici le critiqu^PJfré par l’amitié a lui-même ses pinceaux; ce^îdigression de Fontanes n’est autre qu’une page qui aeté oubliée par son ami au chapitre des Rogations , et qu’il faut y ajouter a .

On aurait à indiquer encore les Tombeaux de Saint- Denis, les Religieux du Saint-Bernard, les Religieux quêteurs; mais c’est surtout aux Missionnaires des Let-

K Troisième partie, liv. V, ch. iv.

2 Œuvres de Fontanes , tome II, page 216 (1839). — Fontanes aurait pu ajot^r encore à l’exemple de Tibulle celui d'Ovide, décrivant également iM ffite sacrée cffbrée aux champs', et (chose singulière , moins en désaccord avec l’esprit de Chateaubriand qu’il ne semblerait) la décrivant au milieu de ses Amours. En effet, au livre II des Élégies ainsi intitulées ( Amorum très libri ), que l’on cherche la treizième, Junonia sacra, la lête rurale de Junon au pays des Falisques. Ovide, qui était allé visiter ce pays de sa femme, apprenant qu’une fête locale , d'un caractère singulier, et qui avait un cachet de haute Antiquité, se préparait selon l usage annuel, eut la curiosité d’y assister : « Cette cérémonie méritait bien que je m’arrêtasse exprès, et je voulus la voir quoique l’on n’arrive à l’endroit où elle se célèbre que par des chemins difficiles. » Cet endroit est un bois Antique et sacré, ayant son autel rustique , d’où part une procession conduisant, aux sons de la llüte , blanches génisses , jeunes taureaux, l'humble porc, le bouc lui-même (car la chèvre seule est odieuse à la Déesse), et s’avançant par des

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