MISSIONNAIRES DU PARAGUAY
1res édifiantes que l’auteur s’arrête. Il en tire un parti heureux, leur emprunte des citations pleines de naïveté et de gr;\ce, et nous fait d’après eux une peinture en-j chantée et complaisante de la népnhliqye thiPar^iavi Après un détail des' saintes ruses employées par cï Pères pour apprivoiser les Sauvages :
« Quand les Jésuites, dit-il, se furent attaches quelques Indiens, ils eurent recours à un autre moyen pour gagner des âmes. Ils avaient remarqué que les Sauvages de ces bords
chemins couverts de tapis que les jeunes garçons et les jeunes filles s’empressent d'étendre partout où l’on doit passer :
Stat vêtus et densa prænubilus arbore lucus.
Adspicc : concédas nuraen inesse loco.
Ilinc ubi prasonuit solemni tibia cantu,
It per velatas annua pompa vias. *
Qua ventura Dea est, juvenes timidæque pucllæ Præverrunt latas veste jaccnte vias.
De jeunes filles richement vêtues font office de prêtresses : ce n’est qu'à leur suite que parait la Déesse elle-même, fermant la pompe. Cette procession est à l’instar de la Grèce : un Argien fugitif, llalésus, l’importa, dit-on, dans les années qui suivirent le meurtre de son père Agamemnon :
Ille suos docuit Junonia sacra Faliscos.
Sint mihi, sint populo semper arnica suol
Ovide finit par cette sorte de prière ; il est édifié : du moins son imagination mythologique est ébranlée, et il obéit, dans cette page singu- # lière, égarée dans ses Élégies sensuelles, à la religion du poète. — Les temps, au reste, avaient quelque ressemblance. Ovide vint un peu tard, mais la politique d’Auguste à son avènement, comme celle de Napoléon, avait été de réparer le culte, de redorer la religion. C’était le conseil que lui avait donné Mécène dans ce graud discours dont l’historien Dion Cassius nous a conservé au moins l’esprit (livre lii), et qui est comme le résumé de toute la politique monarchique : « Toi-même honore toujours et en toute occasion la Divinité selon les rites de la patrie, et oblige les autres à l'honorer-, sois en garde contre les introducteurs de religions étrangères... Méfie-toi des soi-disant philosophes. »
étaient fort sensibles à la musique; on dit même que les eaux du Paraguay rendent la voix plus belle. Les Missionnaires s’embarquèrent donc sur des pirogues avec les nouveaux catéchumènes; ils remontèrent les fleuvesen chantant des Cantiques. Les néophytes répétaient les airs, comme des oiseaux privés chantent pour attirer dans les rets de l'oiseleur les oiseaux sauvages. Les Indiens ne manquèrent point de se venir prendre au doux piège. Ils descendaient de leurs montagnes et accouraient au bord des fleuves pour mieux écouter ces accents : plusieurs d’entre eux se jetaient dans les ondes et suivaient à la nage la nacelle enchantée. L’arc et la flèche échappaient à la main du Sauvage : l’avant-goùt des vertus sociales et les premières douceurs de l’humanité entraient dans son âme confuse... »
Une. «me confuse, voilà de ces expressions trouvées, de ces touches heureuses qui valent mieux que toutes les métaphores.
... Lacté mero meutes perculsa novellas,
a dit Lucrèce. On sent dans tout ce passage comme un frais renouvellement des jours d’Orphée, ou encore comme une douce haleine de ce vent salubre et gracieux qui soufflait du côté de Rome au temps de Numa‘.
Le dernier chapitre du livre dans lequel l’auteur examine ingénieusement, mais en outrant les couleurs et la conjecture , quel serait aujourd’hui l’état de la société si le Christianisme n’eût point paru sur la terre, se termine assez bizarrement par un syllogisme , ou même par ce qu’on appelle dans l’école unsonYe 2 : singulière conclusion d’un ouvrage qui a eu pour objet unique de pré- J senter une suite de beautés et de tableaux. Le livre, dans la première édition, finissait mieux, en se conron-
4 Vie de IS’uma, dans Amyot.
2 Voir la dernière page des éditions actuelles.