‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 152 sur 194 · JEUNES CHRÉTIENS DE SALON · texte numérisé non relu

JEUNES CHRÉTIENS DE SALON

propre. La jeunesse, toute une portion du moins de la jeunesse, s’y inspira; et depuis cinquante ans^cette postérité de néo-chrétiens est reconnaissable à plus d’un signe. Nous avons eu toute une milice de jeunes Chrétiens de salon.

Le Génie du Christianisme a produit mieux que cela,- 1 mais il a produit aussi cette forme de travers ; il ajcrééj une mode littéraire en rel ig ion.

Au xvu e siècle on croyait à la Religion et on la pratiquait. Ceux qui la pratiquaient y vivaient, s’y inspiraient Simplement dans leurs œuvres et dans leur vie , et ne se distinguaient d’elle à aucun titre , ni moralement , ni artistement : le mot même n’existait pas.

Au xvin 0 , on la niait volontiers, et on la combattait en face.

Au xix e , on s’est mis à y revenir, mais en la regardant comme une chose distincte de la pratique et de la vie , en la considérant comme un monument qu’on voyait se dresser devant soi. On s’est posé en s’écriant à tout instant , comme dans un Musée: Que c’est beau! C’est |ce qu’on peut appeler le romantis m e du Christianisme . On a eu une religion d’imagination et de tête plus que de cœur.* Pour moi, chrétien entêté,» dit quelque part M. de Chateaubriand vieillissant. Entêté, et non touché, c'est bien le mot '. Il y a longtemps que les vrais Chrétiens intérieurs avaient fait justice de cette méthode, de ce goût de métaphores qui n’a pas attendu le xix e siècle pour paraître. On sait ce qu’un jour M. de Saint-Cyran, le grand chrétien , disait à Balzac qui s’émerveillait d’entendre de sa bouche certaines vérités éloquentes

1 II lui échappe, dans ses Mémoires, de dire en parlant de La Harpe : H n'a pas manqué sa fin. C'est bien cela, il n’a pas manqué la belle scène du cinquième acte. La vie pour lui est une œuvre d’art, une pièce de théâtre. O tragédien r

.‘HO CUATEAUIiRIAND ET SON GROUPE LITTÉRAIRE

plutôt que de songer à en profiter : « M. de Balzac est comme un homme qui serait devant un beau miroir d’où il verrait une tache sur son visage , et qui se contenterait d’admirer la beauté du miroir sans ôter la tache qu’il lui aurait fait voir. » On est comme un homme devant un miroir, ou plutôt, selon que l’a dit un poète, on est ce miroir môme,

.... è dont la glace luisante

Recevrait les objets sans les pouvoir aimer.

Nous avons eu bien de ces miroirs en nos jours, miroirs éclatants et non ardents.

Le Génie du Christianisme fut utile en ce qu’il contribua à rétablir le respect pour le Christianisme considéré socialement et politiquement. Il le fut moins en ce qu’il engagea du premier jour la restauration religieuse dans une voie brillante et superficielle, toute littéraire et pittoresque, la plus éloignée de la vraie régénération du cœur.

Littérairement , il ouvrit une foule d’aspects nouveaux et de perspectives, qui sont devenues de grandes routes battues et même rebattues depuis : goût du Moyen-Age, du gothique, poésie et génie de l’histoire nationale, il donna l’impulsion à ces trains d’idées modernes où la science est intervenue ensuite, mais ique l'instinct du grand artiste avait d’abord devinées.

On peut voir à la suite du Génie du Christianisme , par l’échantillon des divers morceaux critiques, le genre d’attaques et d’éloges dont il a été l’objet; il se livra à l’entour un grand combat. Les graves et les légers entrèrent dans la lice , depuis M. de Bonald jusqu’au chevalier de Bouflers. Toute cette poussière n’était pas encore tombée, et déjà le char du vainqueur louchait au but. L’Institut , chargé de décerner les grands prix

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