ÉCRIVAINS ET PHILOSOPHES DE L’EMPIRE
une succession déjà ouverte à l’histoire; il y a là de quoi nous retenir plus d’une année - .
L’Empire d’abord et le Consulat. — Je vous ai nomme les deux grands noms alors rivaux, et depuis unis dans une admiration commune. Jusqu’en 1814, M. de Chateaubrian d et; ^ 3I me de Staël semblaient pourtant une exception ; ils étaient jugés excentriques par rapport à la littérature de l’Empire proprement dite, qu’ils devançaient et qu'ils débordaient^ Ce /qui fait leur supériorité et leur gloire, c’est moins encore le y talent direct qu’ils ont montré dans leurs œuvres, que d’avoir j ainsi versé le souffle devant eux et communiqué la llamme. 1 Hllais en leur rendant cette haute justice, en les replaçant à leur rang d’initiateurs, nous nous garderons d’ètre injuste et écrasant pour les autres de moindre haleine, pour les divers groupes distingués et estimables que nous offrira la littérature de ce temps. Lorsqu’à côté de Chateaubriand , nous aurons étudié Fontanes, Joubert, Chènedollé; lorsqu’à côté de Mme de Staël, nous aurons désigné Benjamin Constant, Sehlegel (un moment critique en. langue française), M. de Sismondi dans sa verdeur première, M. de Barante à ses débuts et quelques autres, nous ne négligerons pas les écrivains déjà formés, que la philosophie du dix-huitième siècle léguait au çlfx-oeuvième; — les écrivains de la Décade, Ginguené en tète ; — les membres de la petite société d’Auteuil, Tracy, Cabanis, Fauriel alors jeune, Pariset, Thurot; — Marie-Joseph Chénier, e , Daunou, se tenant un peu à l’écart; — le spirituel et trèsaimable cercle qui se rangeait autour du patriarche Ducis comme à l’ombre d’un vieux chêne, Collin d’Harleville, Picard,' Andrieux. Les critiques de l’ancien Journal des Débats, Geoffroy, Feletz, Dussault, se rattacheront par Hoffman à ces autres critiques un peu usurpateurs du Journal de l’Empire, à ces feuilletonistes voltairiensqui entrèrent à la suite de M. Étienne, et qui seront plus tard les rédacteürs du Constitutionnel. Nous relèverons ainsi, durant la période de l’Empire", tout ce qui l’a traversée d’un peu mémorable pour le talent et (chose plus rare) pour la pensée, ce qui lui venait d’auparavant et ce qui s’est prolongé depuis : car ce serait injustement
la restreindre, cette période, que de n’y voir et de ne qualifier de son nom que ce qui y a débuté et ce qui ne lui a pas survécu, et de lui donner pour type exclusif Luce de Lancival ou Esménard.
Aujourd’hui que les perspectives d’alors se sont éclaircies,, que la distance a marqué les vraies hauteurs et que les classi-. fications d’école, en un tel sujet, s’évanouissent, il nous sera permis, à côté (dirai-je au-dessus?) des noms de Chateaubriand et de Mme de Staël, de saluer un autre grand écrivain de l’Empire, et certes le plus imprévu de tous et le plus involontaire, le rival en tout de César, — Napoléon • On a bien publié les Œuvres de Louis XIV ; nous parcourrons donc avec vous les Œuvres de Napoléon, qui ne forment pas moins d’ur.e dizaine de volumes bien authentiques, signés en mainte page de son cachet, — de la griffe du lion.
A l’extrémité et au nord de l’Europe, à son belvédère de Saint-Pétersbourg, nous aurons à noter un témoin au regard perçant, un ironique et impitoyable juge, qui écrit, lui aussi, avec une plume d’airain, J oseph de Maistre : et dans ses montagnes du Rouergue, M. de Bonald, op/niàtre et boudeur; — es patrons tous deux et les prophètes d’une Restauration impossible. Ils nous donneront sous l’Empire les points extrêmes lde notre horizon *.
Quant à la Restauration, Messieurs, non telle qu’ils la voulaient, mais telle qu’elle s’est faite, il me serait difficile ici de classer par avance ses richesses littéraires si abondantes , et l'ensemble vous en est suffisamment connu. Les forces in tel- ^ lectuellcs et littéraires de la Restauration émanèrent à la fois J de trois foyers, de trois centres principaux d’action : du salon ! de Mme de Staël; de la tête du parti monarchique, représenté par M. de Chateaubriand; et aussi d’une simple école, d’abord obscure, de l’École normale, et des élèves puissamment doués /
* Le temps m’a manqué pour tenir tout ce que promettait ce programme; mais ce qu’il ne m’a pas été donné d’achever sous forme de- Cours suivi et d’enseignement, je l’ai essayé depuis dans les Causeries du Lundi, en chapitres détachés et comme à bâtons rompus. Je n'ai, pas tout à fait failli à mon engagement.