‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 18 sur 194 · CHANSON ET POÉSIE WALLONNE · texte numérisé non relu

CHANSON ET POÉSIE WALLONNE

produits intérieurs qui ne sautent point aux yeux et qui ne se livrent qu’avec le temps. Le sol a ses sources, il a ses mines profondes. Et, par exemple, la vieille langue, le vieux patois, sur ces confins des collines liégeoises où s’est fait dès l’origine le partage des idiomes germaniques et romans, tellement que Charlemagne, siégeant à Aix-la-Chapelle, avait presque un pied en terre française, — le vieux patois wallon a ses secrets et ses mystères que vos érudits sont en train de débrouiller *. La chanson wallonne a ses gaietés qu’il ne faut qu’être du peuple pour goûter et bien entendre. Vous m’accorderez > quelque délai. Messieurs, pour prendre connaissance de ces singularités, et me former une idée des rapports qu’il serait intéressant d'établir entre notre étude générale et ce qui vous est particulier. Je crois sentir qu’avec du temps, et si vous voulez bien me faire un peu de crédit, mon zèle y pourra suffire. On a dit de certains esprits que, pour qu’ils soient à leur aise et qu’ils aient tout leur jet, il faut qu’ils se sentent dans l’air tiède de l’indulgence.

Et vous. Messieurs les étudiants, je vous adresserai ce dernier mot pour aujourd’hui. Mon vœu le plus cher serait, non pas d’exciter, mais d’entretenir en vous, à l’exemple de mon respectable prédécesseur et à la suite de tant de dignes maîtres, le culte des belles connaissances, ce goût des choses de l'esprit sans lequel l’homme civilisé n'atteint jamais à toute la noblesse de sa destinée ni à tout le fini de sa nature. Il y a

* Le patois wallon n'a pas été assez étudié en France par les jeunes érudits qui ont défriché notre moyen âge. C’est une branche essentielle, et mieux qu’une branche, de la langue générale des Trouvères. , M. Ch. Grandgagnage en publie un Dictionnaire étymologique dont deux volumes ont paru. M. Littré en a rendu compte dans le Journal des Savants (décembre 1857). — Parmi les poésies en wallon, j’indiquerai un Choix de Chansons et Poésies wallonnes , recueillies par MM. Ferd. Bailleux et Jos. Dujardin (Liège, 1844 ) ; et lés Poésies en patois de Liège, recueil original de M. Sin.onon, le plus distingué de ces poètes du lieu ( Liège, 1845). — Depuis lors, un fort joli volume Intitulé : Fleurs des vieux Poètes liégeois, a été publié par MM. Peetermans et Helbig, 1859 ; mais ce ne sont plus des poésies wallonnes; elles sont en langue française, de la seconde moitié du seizième siècle et de la première moitié du dix-septième (1550-1650).

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