‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 182 sur 194 · CHATEAUBRIAND DANS LE FAMILIER · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND DANS LE FAMILIER

quelle je l’avais entendu ^inspirer du souvenir de ces mêmes grandeurs. Nous avons assez souvent l’occasion de le voir à son désavantage dans le solennel ; c’est justice que nous le surprenions cette fois à son honneur dans le familier. Voici cette note, toute familière en effet :

«... L’autre jour chez M me Récaraier la conversation fut plus sérieuse et d’un intérêt moins gai ( que le jour précédent ), mais vraiment grandiose. Ampère revenait de Rome; il n’avait pas encore vu M. de Chateaubriand. A peine la main serrée, ce lurent des nouvelles sans fin de la Ville éternelle : et les fouilles et le Colisée, et ce bouquet d’arbres proche Saint- Jean-de-Latran, et la découverte si belle et si imprévue de la campagne au sortir de la porte Saint-Pancrace ; et ces ruines sans nom, entassées, dites Roma veechia !... M. de Chateaubriand se rappelait tout, il racontait ses promenades dans ces plaines austères dont il sait chaque butte, chaque repli autant et mieux que pour notre plaine de Montrouge. J’écoutais, voyant dans ces grands récits l’image exacte des lieux témoins des choses immortelles. — Survint le duc de Laval qui, aussitôt la main serrée à Ampère, demanda qui il avait vu, non pas quels objets, quelles ruines, mais quelles personnes, quels chargés d'affaires.

— M. de Chateaubriand fit remarquer tout bas à M me Récamier que le caractère des personnes se trahit aux questions qu’on fait d’abord. Puis la conversation tournant à la société actuelle, à l’emploi à faire de ses facultés et de sa vie , M. de Chateaubriand reprenant éloquemment le discours, et toujours l’image de Rome dans le fond, se mit à nous exhorter, nous plus jeunes, à ne pas nous perdre dans l’action journalière, dévorante, inutile ; que le meilleur moyen d’aider l’avenir en des moments de transition et de décomposition ou recomposition sociale intermédiaire comme aujourd’hui, c’était de s’appliquer au passé non encore aboli, à l’histoire sous ses diverses . formes, de s’attacher à réproduire, à peindré ce dont la mémoire autrement s’évanouirait bientôt. Si sous les Empereurs, à Rome, on avait fait ainsi, que de souvenirs eussent été conservés des plus beaux temps et des plus illustres caractères! 11

était éloquent, sincère, plein de sens et de gravité à parler ainsi. J’aurais dû noter tout Son discours, aussitôt entendu. C'était une inspiration historique qui lui venait des ruines ' romaines où son imagination l’avait reporté. »

Sa démission donnée, le plan des Martyrs conçu et j plusieurs parties du poème étant déjà exécutées 1 , au lieu de se hâter, de se satisfaire à trop peu de frais en le terminant vite et le publiant, au lieu de s’amollir sur £lace dans une vie de succès et de loisir, M. de Chateaubriand partit courageusement, en juillet 1806, pour | visiter la Grèee, d’Qri&nt, Jér usal em, les ruines de Mem-» phis; il devait revenir par l’Espagne et pâFTAlhàmbra. Le reste de viç poétique e t des écrits qui s’y rattachent se trouve compris. et"H^elLdan£ft|rÇig^^de no ms brilla &ts; il en sortit les M arty rs , Y Itinéraire, le demie r Abencérage, toute sa moisson sous l’Empire avant la politique et la vie d’action. — Commençons par les Martyrs, qui parurent en 1809. j t

On peut distinguer trois sortes d’épopées, et comme trois âges. Les épopées du premier âge sont celles qu’ona tant remises en honneur dans ces derniers temps, les épopées populaires. On a un peu prodigué ce nom; pn l’a appliqué à des chansons, à des romances qui se suivent à peine et que le rhapsode n’avait pas encore cousues. Les grands monuments qui méritent véritablement ce titre Sont dans l’Antiquité l'Iliade et l'Odyssée, chez les modernes les Niebelungen. Un poète vient qui rassemble ce qui était épars dans la tradition populaire et le met en œuvre avec plus ou moins de génie. C’est là

le premier corps et la première forme de l’épopée.

♦ « Parlez-moi de Chateaubriand et du bel ouvrage dont j’ai lu les cinq premiers chants . » ( Lettre de Fontancs à Gueneau de Mussy, écrite de Nîmes le 31 mai 1805.)

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