LES TROIS AGES DE L EPOPEE
aient
Quand la puissance du génie s’y mêle à la naïveté des mœurs, rien n’égale cette grandeur et cette sublimité primitive, à la fois plus humaine et plus voisine des Dieux.
La seconde espèce d’épopée est cultivée et savante. Anneépoque de littérature avancée, un homme de talei ou de génie se propose un sujet grandiose, s’y appli^ dans le cabinet, et exécute une œuvre toute d’art, mais il aura pu fondre habilement les imitations du passé, les traditions nationales, les passions humaines et sa propre sensibilité. C’est là l’épopée d’Apollonius de Rhodes, de Virgile, du Tasse, de Milton, de Klopstock. Si on la prend dans ses chefs-d’œuvre , elle ne reconnaît pour supérieures que les incomparables Iliade et Odyssée, et elle offre aux natures cultivées et sensibles mille sources de jouissances délicates et mille charmes.
Il semble que toutes les épopées connues doivent se ranger dans l’une ou dans l’autre de ces familles. Et en 'effet, elles s’y rangent à peu près toutes à ma connaissance, — toutes excepté une seule, l’épopée Ae.^ Jttai't yrs* Celle-ci n’est pa s .sfiujflmeat unainouée,d’ait^.d’étude et de çéÏÏêxion ; elle a cela de particulier qu’elle a été faite express?!hent à l’appui d’une théorie ; elle a été conçue j comme preuye justificative d’un système. — « J’ai pré- * tendu que le Christianisme avait un merveilleux supérieur en intérêt et en puissance, même à ne le prendre que / / comme mythologie, à la fable antique; que les caractères' d’époux, de père, d’amant, y devenaient aussitôt plus grands et plus beaux que tout ce que l’Antiquité païenne nous a offert d’achevé en ce genre. Vous en doutez, et moi je le prouve par un exemple : lisee les Martyrs .»
Telle a été à peu près l’argumentation de laquelle est sorti, le poème. On remarquera en effet que cette épopée se ressent, par une certaine raideur, du raisonnement \ . d’où elle est née, et il y a de quoi s’étonner encore qu’elle
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■ reste en bien des parties si réellement belle, et que la gageure de l’auteur (car c’en était une en face de la ciatique hostile), ait été si bien tenue. < .
Si V Iliade et l' Odyssée sont les chefs-d’œuvre de l’époqui se peut nommer populaire ; si l’Énéide est le cheff- :uvre de l’épopée savante, pourquoi ne pas dire que 'Martyrs so nt le phénix de l’épopée systématique?
Je ne prétends pas que l’auteur ait prouvé tout ce qu’il voulait. Même après J’avoir lu, on peut trouver qu’il i excelle surtout à nous rendre les antiques beautés, les -