PREMIÈRE LEÇON
La vraie méthode avec les contemporains : — pourquoi l’on commence par Chateaubriand. — De la littérature du x vm« siècle!; son caractère ; — continuité de régime. — Des dix années révolutionnaires. — Littérature du Directoire : — ce qu’elle aurait pu être. — Inauguration de l'Institut : discours de Daunou. — Les Écoles normales. — Mme de Sta0 sous la république.
Si l’époque du dix-neuvième siècle que nous abordons était aussi bien une époque ancienne, et que nous { i Voulus sions la traiter d’une manière soi-disant complète, tout à fait méthodique , qu’aurions-nous à faire pour en établir l’histoire? A noter, à relever par ordrp d’apparition les principaux ouvrages publiés depuis. 1800; à les classer peul-étre par genres; ou bien encore, à parler, des auteurs successivement et à mesure qu’ils nous seraient signalés par la date de leur mort. C’est ce qu’on appelle la méthode régulière proprement dite, celle des* Bénédictins dans Y Histoire littéraire de France. Une corporation, une Académie n’en admettra jamais d’autre. De la sorte on n’omet .rien; on croit être plus exact, et l’on ne fait que de l’histoire morte. L’avantage d’ôtre contemporains, je veux dire, d’avoir l’esprit vivant de la tradition et le sentiment des vrais rapports, de l’importance relative des hommes et des choses, c’est de pouvoir sortir tout d’abord et sans té- * mérité de cette voie de classification et de catalogue , 1 et d’aller à ce qui a influé, à ce qui compte Si pour
1 Dans un article du Journal des Savants où il critique l’estimable ouvrage de la Poésie française à l'époque impcrjale par M. Bernard Jullien (janvier, 1846, page 17), M. Patin, en signalant les in-
écrire l’histoire militaire des premières années du siècle , on allait au Ministère de la guerre relever le dossier des maréchaux , généraux , par ordre de grade danë la hiérarchie et suivant la date de leur mort , on ferait une histoire militaire bien confuse, et qui serait bien peu fidèle, en ce qu’elle mettrait sur le même rang ex æquo ceux qui ne le sont pas. Car qu’y a-t-il eu, en réalité, au milieu de tous ces noms? quatre ou cinq grands généraux et vrais capitaines autour du plus grand. Le reste a servi sans doute , mais secondairement et à la ■g suite. Toute la partie originale de l’histoire se retrouve, il si l’on sait bien les faits et les combinaisons de ces chefs J iprincipaux.
A plus forte raison en est-il ainsi dans l’histoire littéraire, là où les soldats comptent moins, et où les chefs sont presque tout. Nous commencerons donc par le • plus grand et le plus signalé des personnages littéraires qui parurent à l’entrée du siècle. Je vous ai fait remarquer que la période des quarante-huit dernières années se partageait assez bien entrois périodes secondaires, de quinze aps à peu près chacune. Quinze ans , a dit Tacite, c’est un espace considérable de la vie humaine : quindecim annos , grande morialis <rvi spatium * . C’est le temps qu’il faut à une génération pour se produire, pour
convénients de la méthode qui s’attache à des classifications mortes, a très-bien montré comment il fallait avant tout reproduire le mouvement, l’unité et l'ensemble d’une époque littéraire, et il a tracé le plan d’une histoire de la littérature de l’Empire, telle qu’il la conçoit. Je suis heureux de m'être rencontré avec lui dans la généralité du plan et dans plus d’un détail.
’ Agi'icolx Vita, 111. Ce mot que chacun peut emprunter directement à Tacite a été fort cité dans ces derniers temps, et par des personnes même qui ne sont pas de grands lecteurs de Tacite : M. de Chateaubriand l'a mis en honneur et en circulation par l’application qu’il en a faite en une de ses pages si lues; et lui-mème il est fort possible qu’il l’eût remarqué et retenu pour l’avoir vu employé dans une exccl-