TOME I
pris au dépourvu, parut seulement pour dire qu’il demandait trois mois» de répit : « Je suis père de famiHe et domicilié à la campagne... » A ces simples mots les applaudissements éclatèrent. Daubenton trouva moyen d’être applaudi dans sa seconde leçon sur F Histoire naturelle en disant: «Le lion n’est pas le roi des animaux ; il n’y a point de roi dans la nature. » Malgré ces légers ridicules malgré les lacunes et l’interruption trop prompte, il y eut une certaine impulsion donnée. Garat, en quelques séances, se livra selon son usage à de brillantes généralités sur l’Entendement humain et chanta une hymme à l’analyse : après quoi, il rentra dans son repos % L’abbé Sicard, plus positif, exposa avec
1 Je donnerai ici une note sur Garat que j’ai écrite, il y a plusieurs années, en venant de causer de lui avec l’un des hommes qui l’avaient le mieux connu : * Garat était un homme très-bon , très-spirituel , mais très- faible de caractère, et dont la tète se montait aisément , dont l’imagination était fertile à trouver des prétextes après coup : esprit et imagination de sophiste brillant. Il commença à marquer dans le monde littéraire par scs trois Éloges couronnés de Suger, de Mon- . tausier, et de Fontenelle. IP a beaucoup écrit dans le Mercure avant la Révolution. A ses débuts on citait de lui. le récit d’une première visite chez Diderot, récit piquant dont celui-ci se montra peu Satisfait. Le portrait de Diderot est ' en charge , mais d’une esquisse gracieuse et légère. — Au temps de l’Assemblée constituante, Garai rédigeait pour le Journal de Paris les comptes rendus de l’Assemblée dont il était **■ membre ; c’était un travail tout neuf alors , et dont il s’acquitta d’une manière très-distinguée. Conddttct fit la même chose pour les séances de l’Assemblée législative; Daunou essaya ce rude métier durant quelques mois pour le Conseil des Cinq-Cents. — Avant la Révolution » Garat a fait un petit volume sur le chevalier de Honnard, auteur de poésies légères ; sous la Restauration il a fait deux grands volumes sur M. Suard, autour duquel il fait tourner le xvni e siècle. Il a écrit dans les journaux en tout témps , et s’y est dispersé. Vers l’an V, il fonda avec Chénier et Daunou un journal, le Conservateur, qui était dans les idées politiques et littéraires de l’an III. On le retrouve vers cette époque dans une quantité de publications périodiques. 11 a eu sa sorte de plénitude d'éclat sous le Directoire ; mais sa considération sérieuse était déjà atteinte. Garat, ministre de la Justice par les Girondins (en 92), avait eu la faiblesse de les abandonner. Pour premier acte de