GARAT
suite de judicieuses considérations sur le langage, Volney fit un petit nombre des fortes leçons sur le degré de certitude, les genres d’utilité et les diverses méthodes de l’histoire. Mais la littérature , représentée par La Harpe qui traita de l’éloquence, et particulièrement de fcelle des Anciens , n’occupait dans ce vaste programme qu’une place très-secondaire'. La fondation
sa ricfeclion , cédant à un inconcevable entrainement , il était venu faire à la Convention une espèce d’apologie du 2 septembre. Peut-être avait-il dessein de blâmer, mais son peu de fonds , sa versatilité , son sophisme méridional (un peu de peur aussi le poussant), l’emportèrent : il se mit à s’extasier sur ces jugements foudroyants du peuple souverain qui tout à la fois accuse , juge , condamne , exécute. — Plus ftard, sous Napoléon , il se laissa de même engouer. 11 avait des vel- 1 léilés d’opposition, mais qui ne tenaient pas. Aux objections de ses amis ’■ républicains contre le glorieux despote il n 'avait qu’une réponse : j « Oh ! c'est bien différent, voyez-vous , quand on le connaît de près , lorsqu’on s’est approché de son âme ! » Garat croyait du moins à Pâme de Napoléon, sinon h l’ârne en général : il se retrouvait spiritualiste par là. — Il a fait aux Ecoles normales une ouverture de Cours de philosophie, plus spécieuse que solide : c’était l’homme des prospectus et des promesses. Le théosophe Saint-Martin le combattit avec élévation , et Garat n’eut pas les honneurs dans celte joute. — Garat, vers ce même temps , et depuis plusieurs années déjà , professait l’histoire à l’Athénée ; ce devait faire un étrange historien : car jamais homme peut- être ne poussa plus loin la faculté de ne pas voir les choses comme elles sont; mais rien n’a été imprimé de ce Cours. — En résumé, on reconnaît en lui un esprit brillant , mobile, épars, essenliellement divaguant ; ayant bien étudié de bonne heure et ne s’étant jamais fixé ensuite, s’étant laissé dérouter par la Révolution ; caractère faible, tète vive et prompte à mettre en branle, mais sans lest, sans consistance; imagination déliée, complaisante, verve facile jusqu’à être banale, phraséologie gasconne abondante , sans rien de ce parler nerveux, sec et bref dont use son compatriote Montaigne; et malgré tout, et quand onadittoutcela, nature très-aimable ettrès-sociablc. *• — On aurait bien dû faire pour lui à temps ce qu’on a fait, déjà un peu tard, pour Tontines : recueillir ses cendres littéraires, clore son urne. Daunou m’y conviait, en s’ offrant obligeamment de m’y aider; j’ai laissé passer le moment. (|l i
1 Je lis aans la Décade philosophique, le plus estimable recueil de ce temps, un excellent article critique sur ces leçons trop restreintes de La Harpe , avec un plan étendu et vraiment nouveau de ce qu’au-
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des Écoles normales de l’an III me fait l'effet de ces édifices tout en façade, qu’on improvise pour une cérémonie ; on admirerait volontiers le frontispice, s’il n’y manquait le corps du bâtiment.
' Un grand écrivain qui, à cette époque de sa carrière, était très-lié avec les hommes de la Constitution de l’an III, et qui leur prêta le concours de son talent , Mme de Staël se préoccupa vivement des destinées nouvelles de la littérature sous ce régime républicain dont elle désirait le maintien et le triomphe. En abordant ce sujet et en y' jetant les regards, elle ouvrit de toutes parts des aperçus, elle agrandit aussitôt les horizons. Mais le livre qu’elle composa à cet effet, et quil contenait toute la théorie de ce qu’aurait pu être une littérature fépubiicaine et libre en France, ne vint au jour qu’en 1800, c’est-à-dire après le 18 Brumaire. Quelle que parût la vitesse d’esprit de Mme de Staël, et quoiqu’elle fût (comme on l’a dit avec bonheur) de ces esprits prompts qui sont habitués à tirer au vol, elle arriva trop tard sur ce sujet et quand cette littérature était déjà frappée au cœur par le renversement des Institutions, qui, seules, auraient pu la favoriser et la garantir. Mme de Staël, qui a tant d’idées, qui est surtout remarquable par là, qui en a bien plus que M. de Chateaubriand (lequel, lui-même, en a plus qu’on ne le croirait à ne juger que par le brillant), n’avait pas, à cette époque, le sentiment vif de la seule idée qui pût faire vibrer tous les cœurs et renflammer toutes les imaginations. Elle était t rop ab straite, trop roman esque pour ce la , trop personne du monde , et d’analys^subtile, eTcRr conversation, je ne sais comment dire,— ou plutôt, d’un seul mot, elle n’était jpas
rait pu être alors un Cours supérieur de Belles-Lettres. Cet article parait être de Ginguené (n° du 30 ventôse, an III).
M me DE STAËL N'EST PAS POETE
pofite; et les poètes seuls ont de ces instincts-là, comme les oiseaux voyageurs, qui sentent merveilleusement rapproche des saisons, > r \jS\