‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 39 sur 194 · IMAGINATION CHRÉTIBNNE D’UN ÉPICURIEN · texte numérisé non relu

IMAGINATION CHRÉTIBNNE D’UN ÉPICURIEN

moral, la difficulté de concevoir l’action d’un être immatériel sur la matière, et d’admettre la Création, qui suppose un temps où rien n’a existé, voilà les principales objections d’Épicure et de son disciple. Les Athées de ces derniers temps n’ont rien dit de plus solide ou de plus spécieux. Il est vrai que les réponses les plus convaincantes des Déistes sont aussi les plus anciennes. Ils triomphent encore de leurs adversaires, en montrant l’ordre de l’Univers : Cœli enarrant gloriam Dei. Ce premier élan de l’âme du poète est le dernier argument de la raison du philosophe. »

Mais voici qui va devenir prophétique : cet épicurien (comme je le définis) qui a l’imagination chr étienne l’imagination catholique ‘, nous révélé T'demi ses espérances. II va nous tracer le plan du Génie du Christianisme tel qu’il le conçoit, tel qu’il le développera maintes fois en conversation ou par lettres en s’adressant à son ami, tel qu’il le lui fera corriger et refaire, aussitôt le retour en France; car la première forme de l’ouvrage était incohérente, et le style en bien des endroits pouvait sembler rebutant. Ce plan est simple, pur, séduisant, irréprochable : c’est ainsi qu’à sa manière le critique aussi montre du génie. Tout critique qui aide la gloire du poste pourrait prendre pour devise : Non sine me tibi partus honos, comme le disait Tibulle s’adressant à Messala, C’est la consolation à la fois et le seul orgueil du rôle secondaire :

* Et en effet qu’était-ce, après tout, que Fontanes et même Chateaubriand ? des Épicuriens qui avaient l'imagination catholique. — Il y a des hommes qui ont ainsi l’imagination catholique indépendamment du l'ondjde Ia| croyance. Les pompes du culte, la solennité des fêtes y 1 harmonie des chants , l’ordre des cérémonies , l’encens , le 1 rayon mystérieux du sanctuaire, tout cet ensemble le 3 touche et’ les | émeut. — Il y en a d’autres qui ( raisonnement à part) ont plutôt la sen- 1 sibilitè chrétienne. Une vie sobre , un ciel voilé , quelque mortification \ dans les désirs, une habitude recueillie et solitaire , tout cela les pé- I nètre , les attendrit et les incline insensiblement à croire. J'en connais de cette sorte.

a Si on se rappelle, écrivait Fontanes, toutes les absurdités du Paganisme, on s’étonnera moins que Lucrèce s’élève avec" tant d’énergie contre l’influence des opinions religieuses, et qu'il la regarde comme si funeste au genre humain. Un homme de génie, qui voudrait prouver aujourd’hui l’utilité de ces mêmes opinions, devrait chercher d’abord s’il est certain que les peuples et les siècles ont toujours été florissants et heureux avec elles, et s’ils ont véritablement vu disparaître leur gloire et leur bonheur, quand elles se sont affaiblies. Il faudrait suivre d’âge en âge et de contrée en contrée l’ouvrage de la morale et de la religion; bien distinguer ce qui appartient à l’une ou à l’autre, et n’appuyer jamais ses preuves que sur des faits non équivoques. Il faudrait éviter soigneusement les vaines déclamations, et cette métaphysique vague, obscure et insuffisante, qui n’est point fondée sur la méthode et sur l’analyse Une vaste érudition, un esprit clair et juste, ne suffiraient pas encore. On exigerait un style digne du sujet; l’élévation et la sensibilité y domineraient, mais sans faste et sans effort. C’est là qu’on aimerait cette heureuse suite de mouvements et de raisonnements qui forme l’éloquence : car dans un tel ouvrage, il faudrait tour à tour forcer la conviction et parler à l’enthousiasme. Le charme, qui persuade, y serait peut-être plus nécessaire que la logique victorieuse, qui subjugue Ta raison. C’est donc à une âme douce, plutôt qu’à une àmefière, qu’il appartient d’écrire sur les opinions religieuses. Ce livre important reste encore à faire : il mérite un grand écrivain. »

Le grand écrivain était tout trouvé ; Fontanes le connaissait, il l’avait deviné ; mais il s’efforçait par ses conseils de faire que ce jeune et grand écrivain eût tontes les qualités n’eût aucun des défauts de sa nature. Cette page que nous avons citée est à la fois le plan le plus parfait du Génie du Christianisme tel que nous l’avons, et (par anticipation) la critique la plus discrète

* II y a ici trace de cette manie du temps qui mettait en avant atout propos Y analyse.

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