CHATEAUBRIAND JUSTIFIE FONT AS ES
de l’ouvrage sur certains points où le conseil n’a pas été , suivi. Fontanes veut qu’on distingue ce qui est de la religion d’avec ce qui est de la morale; qu’on n’appuie jamais ses preuves que sur des faits non équivoques. 11 veut l’érudition exacte et la justesse de l’esprit, nulle' déclamation, une élévation et une sensibilité sans faste et sans effort. En un mot, il touche à tous les points délicats en critique sûr et en ami tendre.
Malgré les défauts qu’il ne sut pas tous éviter, l’ouvrage de M. de Chateaubriand, à sa date , justifia suffisamm gnt L e programme tracé par son ami ; le" poëttT s’inspira surtout là où le critique avait désiré, et rendit le son qu’on demandait de lui : « Après tant de dissertations et d’analyses, il sentit qu’il fallait chanter, et il chanta 1 . » Il chanta les sujets éternels qu’une éclipse funèbre avait trop longtemps voilés, que la persécution et le martyre avaient rajeunis, — les pompes religieuses et sociales qu’il égalait, en les retraçant, par la splendeur de ses tableaux, et sous lesquelles il introduisait (au risque d’en altérer l’esprit ) je ne sais quoi d’ému, de sensible et môme de troublant, qui les rendait plus, mystérieuses encore et plus chères. Il combina, par un mélange hardi et où les contrastes choquaient moins qu’ils m’éblouissaient, la poésie de l’Antiquité dont ij était plein, avec une poésie toute nouvelle du Moyen- Age, etaussiavec une peinture merveilleuse des scènes naturelles immenses, auxquelles les derniers grands écrivains eux-mêmes n’avaient point accoulumé. Ce fonc si dissemblable, et qui n’aurait point supporté le regard du froid examen , mais sj^dmirablement revêtu , saisit à l’instant les imaginations lassées et altérées, qui voulaient à la fois retrouver, adorer ce qui leur était cher.
1 M. Vinct.
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et le retrouver cependant sous une forme légèrement inconnue. De là son succès, qui donna le signal d’une renaissance, et qui ressemblait tout ensemble à une re- t prise de possession du passé et à une marche en pompe' vers l’avenir.
Quel était donc. Messieurs, ce jeune émigré breton qui entrait ainsi brusquement dans la gloire , et dont la première apparition était un événement au lendemain de Marengo ? Il nous faut l’aborder et le connaître d’un peu près dans ses origines et dans ce qui l’a préparé.