SŒURS DES GRANDS HOMMES
du doigt comme la Muse : « Tu devrais peindre celai «y
J’ai souvent pensé que les sœurs de grands hommes, d’hommes distingués, quand la nature les a faites les dignes sœurs de leurs frères, leurs égales par l’esprit et par le cœur (ce qui s’est vu plus d’une fois), se trouvent plutôt supérieures à eux à d’autres égards ; elles se maintiennent plus aisément à la hauteur première.
Je m’explique : — la nature, comme ici dans cette famille de dix enfants, produit un homme de génie , et elle crée en même temps un génie-femme comme Lucile : eh bien, le génie-femme sera ou restera plus volontiers supérieur et meilleur , moralement, poétiquement. Les hommes, à un certain jour, font leur métier d’hommes ; ils sortent du nid paternel, ils se prennent à tous les buissons ; la poussière du chemin les ternit; s’ils ne se perfectionnent beaucoup en avançant, ils se gâtent : cela arrive souvent. Les femmes, si elles restent ce qu’elles doivent être, gardent le foyer, et aussi, dans toute sa délicatesse, elles y gardent le culte de l’idée première, de l’idéal (s’il y a poésie); elles sont comme les prêtresses domestiques de cette chose sacrée que nous allons dissipant, dépensant, exploitant au profit souvent ou de notre ambition ou de notre amour-propre, de ce qu’on appelle la gloire. Elles restent fidèles avec religion, avec discrétion et mystère : elles ont en dépôt jusqu’à la fin et accroissent plutôt de leurs larmes le premier trésor 1 . Ainsi fit Lucile en regard de René. On la définirait bien d’un mot : C’est
\ J’ai eu l’occasion souvent de vérifier cette observation et de m’en pénétrer, dans le travail que j’ai entrepris sur Port-Royal; cela surtout y est très-sensible , car les soeurs des hommes éminents, des grands hommes , entraient au cloître, et là on les peut observer dans toute leur conservation, si je puis dire, dans toute leur intégrité morale. C’est ainsi que pour tous ceux qui ont étudié ce sujet avec intelligence la sœur de Pascal (Euphémie) a paru l’égale de son frère par