DU CALVAIRE A L’ALHAMBRA
expression plus ou moins hasardée pour rendre une nuance de sa pensée, qu’une littérature est proprement en décadence : ce serait, prendre les choses trop à la surface et par l’ôpidp.rm^Lajraie^ décadence. dans u ne littérature brillante et qui .compte encore, jdfià Jalents puissants, prend sa source dans le [désaccor d qu’il y a entre l'inspiration vérltaElë êfTê résultat apparent^ dansT^ manque d’harmonie et de vérité au sein des plus Hferuvragel^oïïs louchons iciàPl’unë des^auses de disparate et de Raccord les plus intimes et les plus profondes. Ainsi, par exemple , M. de Chateaubriand va à Jérusalem ; il est censé y aller pour visiter en pèlerin les saints lieux, et il le proclame lui-même. Eh bien 1 à le prendre plus tard par ses propres aveux, que vient-il nous confesser : « Mais ai-je tout dit dans Y Itinéraire, sur « ce voyage commencé au port de Dèsdémone et d’O- « thello (Remarquez le choix des noms et les associait tiens d’idées))? Allais-je au tombeau du Christ dans « les dispositions du repentir ? Une seule pensée m’ab- « sorbail, je comptais avec impatience les moments. Du « bord de mon navire, les regards attachés sur l'Étoile « du soir 1 , je lui demandais des vents pour cingler plus « vite, de la gloire pour me faire aimer. J’espérais en « trouvt^^T^^ à SlUffTa Memphis, à Carthage, et « l’apporter à l’Alhambra. Comme le cœur me battait « en abordant les côtes de l’Espagne 1 Aurait-on gardé « mon souvenir ainsi que j’avais traversé mes épreu- « ves?.. » En s’en tenant à son propre aveu, et sans trop vouloir approfondir ce qu’il allait chercher ainsi à Grenade, à ce rendez-vous de l’Alhambra, à travers le
« Comme Léandre, comme tous les amants de V Anthologie, comme • cet amoureux dans la gracieuse invocation de Bion :
Chère Étoile du soir, belle lumière d’or,
De l’aimable Aphrodite, etc
grand détour de Jérusalem et du Calvaire , il est bien certain maintenant pour qui vient de l’entendre , qu’il allait chercher autre chose que l’émotion toute dévote d’un pèlerin; sa dernière' station ne devait pas être là' plus sainte. De là ce qu’il y a de factice dans Y Itinéraire. — Dans 1«l Vie de Rancé, ouvrage de sa vieillesse, et où il avait moins la forfee de retenir son secret, il a trouvé moyen de laisser échapper à tout instant les regrets le£ plus profanes, il plus en contradiction avec l’ausïère sujet. Il avait bu dé bonne heure le philtre, et il n’a jamais voulu l’oublier. Ceux qui l’ont connu savent^ tpi’il n’a jamais pu se consoler de vieillir, qu’il n’y a jamais consenti; il a pris la vieillesse comme un simple affront, et nul n’a mené si bruyamment le deuil de la fuite de la jeunesse ; il était, à ce sujet, comme ces rois d’Asie qui, décoléré, déchirent leurs vêtements'. Ce second [élément, très-positif en lui, est celui que j’appellerai [l’élément profane et païen. C’est l'homme de désir au sens •
‘Si nos pères regrettaient aussi de vieillir, combien c’était plus légèrement : 4
Ah! que vous m'ennuyez. Vieillesse!
soupirait Charles d'OrJjjatfs dans un gracieux rondeau. Ainsi l’on se plaignait à demi-voix jusqu'à Voltaire. Mais le ton a bien changé. Je ne sais qui a dit : « Le Temps nous frappe au visage , comme César à Pharsale ordonnait à ses vétérans de frapper au visage les jeunes chevaliers de Pompée. » M. de Chateaubriand, qui n’avait de beau que la tête, mais qui l’avait si belle, ne pardonna jamais au Temps de la lui avoir touchée et d’en avoir fait même une belle tête de vieillard. Il considérait comme un outrage singulier et personnel d’être atteint par le Temps. Humilié et indigné de vieillir, non moins que s’il eût été un demi-dieu , il avait un certain regard de colère, de douleur, de jalouse fierté, qu’il lançait à la jeunesse; ce n’était pas le lelum imbelle sine iclu de Priam, c’était encore la flèche d’Apollon. — Un jour qu’il révenait de l’Académie où il avait voulu aller pour une élection , il me disait ironiquement et en marquant chaque syllabe : « J'ai voulu y aller, mais cela m’a coûté, Monsieur ; j'étais là avec mon vieil ami Jouy, qui ressemblait à une vieille femme. » (Lire, après cela, pour le