‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 48 sur 194 · JEAN-JACQUES ET RENÉ ATTEINTS DU MÊME MAL · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES ET RENÉ ATTEINTS DU MÊME MAL

jen’aipas été des derniers à applaudir, je ne l’aime pourtant pas de tout point autant que je l’admire encore. Décidément il se joue un peu, en vieillissant, avec ce qui était plus triste et plus simple dans le premier René Il raconte qu’un jour, dégoûté de la vie , il voulut rejeter la coupe de ses lèvres et la lancer vers le ciel. Il s’enfonça.dans un bois avec un fusil, et ne fut arrêté dans son projet sinistre que par la rencontre d’un garde.

Que la scène soit plus ou moins réelle ou poétique , elle ne fait que résumer et fixer une pensée funeste qui est au fond de cette disposition mentale, de cette maladie, de René, laquelle était déjà la maladie de Rousseau. Et celui-ci finalement y a succombé ; car, — il n’y a guère moyen d’en douter Aujourd’hui f — Rousseau s’est tué en effet.

Le chevalier était retourné à Saint- Malo, près de partir pour les grandes Indes , lorsqu’un brevet de souslieutenant au régiment de Navarre le retient en France, et l’envoie à Cambrai ; de là jusqu’à Paris et à "Versailles » il n’y a qu’un pas. • . ’ ^ «

A Paris ( c’était vers 1788), il voit les gens de Lettres,

1 L’Inconvénient de ces Mémoires, s’il faut le dire, et l’effet qu’ils'

produisent tels qu’on les lit de suite aujourd’hui, c’est que le narrateur •*. . arrange un peu tout cela à. distance, et qu’il ne réussit pas à l’arranger complètement. Un très-bon juge me dit à l’oreille : « Quant au fond v il se rappelle les faits, mais il semble avoir oublié quelque pou les im- ■ pressions, ou du moins il les change, il y ajoute après coup, il sur- -r charge. Ce sont les gestes d’un jeune homme et les retours d’imagination d’un vieillard, ou, s’il n’était pas vieillard alors qu’il écrivait, d’un homme politique entre deux âges qui revient à sa jeunesse dans les intervalles de son jeu, de sorte qu’il y a bigarrure, çt que par moments l’effet qu’on reçoit est double : c’est vrai et- c'est faux à la fois.»

— > Ce genre d’inconvénient est précisément celui quf se 'fait sentir dans le Raphaël de M. de Lamartine. La vraie poésie, celle 1 même de notre propre jeunesse, est comme une maîtresse jalouse ; elle ne nous veut pas à demi. . ’•

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