‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 56 sur 194 · CARTONS DU GRAND PEINTRE · texte numérisé non relu

CARTONS DU GRAND PEINTRE

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des soleils, et qui, d’un seul coup de sa main, fit rouler tous les mondes 1 .» , ’ •

Pour les idées, pour le ton, pour le geste et l’apostrophe, nous reconnaissons là du Rousseau et du meilleur, du R ousseau ressaisi et- xajenni iffi4-pap-€»hateaubriand.

Un sentiment personnel et que j’appellerai royal, domine, — le sentiment d’Adam glorieux et souverain dansÉden. Il p rend possession du désert, et il dit mes solitudes. Car on remarquera que ces trois grands peintres et descriptifs français, Rousseau, Bernardin de Saint-Piqrre et M. de Chateaubriand, qui sentent sj.iu.eja la nature et qu i l’embrassent d’une si Torte étreinte, s’en détachent pourtant, en demeurent distincts et ne s’y confondent jamais. Us restent spiritualistes, déistes, et ne sont pas panthéistes, comme on dit. G’était difficile à eux de s'en tenir à ce point, avec le sentiment si plein et si débordant qu’ils avaient de la nature; il fallait qu’ils eussent, pour y résister et faire contre-poids, une personnalité bien énergique ; et il est vrai que ce n’est pas ce qui leur a manqué.

Tout ce Journal, ces simples notes sont curieuses; rien ne rend mieux l’impression vraie, toute pure, à sa source : ce sont les car ions -du grand peintre, du grand / paysagiste , dans leur premier jet. Il entre dans une forêt vierge ; ...

« Trois heures. .

« Qui dira le sentiment qS’on éprouve en entrant dans ces forêts, aussi vieilles queLlemonde, et qui seules donnent une idée de la Création telle qu’elle^ortit des mains de Qieu? Le jour, tombant d’en haut à travers un voile de feuillages, rc-

' Voyage en, A mérique , tome I, page 68, édition de 1828.

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pand dans la profondeur du bois une demi-lumière changeante et mobile, qui donne aux objets une grandeur fantastique. Partout il faut franchir des arbres abattus, sur lesquels s’élèvent d’autres générations d'arbres. Je cherche en vain une issue dans ces solitudes; trompé par un jour plus vif, j’avance à travers les herbes, les orties, les mousses, les lianes et l’épais humus composé des débris des végétaux; mais je n’arrive qu’à une clairière formée par quelques pins tombés. Bientôt la forêt redevient plus sombre; l’œil n’aperçoit que des troncs de chênes et de noyers qui se succèdent les uns les autres, et qui semblent se serrer en s’éloignant : l’idée de l’infini' se présente à moi 1 . »

On a fort critiqué, je le sais, les détails de ce voyage de Chateaubriand en Amérique. Sa description des bords du Meschacebé dans Atala a été particulièrement contestée; on a prétendu qu’il n’avait pas visité tous les lieux qu’il décrit, et qu’il avait transporté aux uns ce qui n’est vrai que des autres. On est même allé, en se prévalant des inexactitudes, jusqu’à insinuer ‘qu’il n’avait peut-être pas vu la Cataracte de Niagara 2 . Quelques inadvertances de souvenirs ne surprendront personne parmi ceux qui connaissent l’habitude à la fois grandiose et négligente, le procédé composite et poé-

* Voyages, tome I, pages 71 et suivantes (1828).

2 Les articles critiques auxquels je fais allusion parurent en 1832 et en 1835 dans V Invariable, nouveau Mémorial catholique , qui s’imprimait à Fribourg, en Suisse. Un amateur distingué, M. de Saint- Mauris, à fait depuis réimprimer ces articles à un petit nombre d’exemplaires pour les joindre aux Œuvres complètes de Chateaubriand. — Rendant compte d’un Voyage de Mac^ensie dans le Mercure (1802), Chateaubriand commit une erreur géographique considérable qui fut relevée dans la Décade du premier trimestre de l’an XI (tome XXXV, page 375 ). 11 supposait qu’il n’y aurait que deux cent cinquante lieues de terrain à parcourir du fond de la baie du Refus jusqu’au détroit de Behring en suivant une certaine route. Son contradicteur, qui signe Terre-à-terre, lui démontre par des calculs qu’il y aurait au moins huit cent soixante-seize lieues et probablement beaucoup plus. Les espaces à franchir ne lui coûtent pas.

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