‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 58 sur 194 · ALLÉE DE SAULES ET ALLÉES DROITES · texte numérisé non relu

ALLÉE DE SAULES ET ALLÉES DROITES

saules où M. de Nemours va promener sa rêverie’ : c’étaiï, selon lui, le premier léger indice du pittoresque chez nous. On en trouverait encore, par-ci par-là, d’autres échantillons ; mais le progrès en ce genre nous est très-bien figuré par la petite rangée de saules mise en regard de la forêt vierge du Canada. Quand les romanciers du xvii? siècle ont à parler d’un désert, ils en parlent toujours comme étant affreux et horrible à voir; ils y entassent les rochers selon leur fantaisie : ou bien ce sont ^des déserts fabuleux et imaginaires, comme dans YAsCrée. La vraie nature n'a point de place 2 . Il y avait à côté du parc des Rochers {en Bretagne) un charmant petit lac, un étang; Mme de Sévigné n’en parle pas. Elle ne sortait point de ses belles allées droites, fiousseau à cet égard a été le grand initiateur.

Mais remarquez la gradation :

De même qu’aux xv e et xvi° siècles chaque navigateur i hardi revenait avec se découverte, de même m ix ’Ÿm 8 chaque grand écrivain, chaque peintre, au retour de * ses voyages , apportait et lisait dans la langue les cou- j

leurs et la florecüuae nouvelle contrée : » . ,‘j

’ « La passion n’a jamais été si tendre et si violente qu’elle l’étoit alors en ee prince. Il s’en alla sous des saules, le long d’un petit ruis- * seau qui couloit derrière la maison où il étoit caché. » ( La Princesse deClcve», quatrième partie.)

2 On cite un mot de Mme de Rambouillet, qui exprime la manière de sentir assez générale dans la société de ce temps-là : « Les esprits doux et amateurs des belles-lettres ne trouvent jamais leur compte à la campagne. » — C’est ainsi qu’au xvm® siècle le grand jurisconsulte ' Pothier, allant à la campagne pour huit jours, disait : « Cela est très, beau, sed non hab émus hic m anentem cirilUatem. » Et Mme de- Staël,dans le riiêmesens que Mme de Rambouillet, disait qu’elle aimerait assez l’agriculture, si ce\s%senlait moins le fumier. Mme Roland, au contraire, cette sincère élève de Jean-Jacques, étant à la campagne où elle prenait du lait d’ânesse, écrivait sans pruderie : « J’a- . sine à force et m’occupe de tous les petits soins de la vie cochonne de la campagne. ’Je fais des poires tapées qui seront délicieuses... » Ou a toutes les variétés de ton.

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