SYSTÈME DU CERCLE EN HISTOIRE
dans ses moments principaux qui sont : 1° l’établissement des républiques en Grèce; 2° la sujétion de ces ; républiques sous Philippe de Macédoine et Alexandre; ';
3° la chute des rois à Rome ; 4° la subversion du gouver- 1 nement populaire au profit des Césars; 5° enfin le renversement de l’Empire par les Barbares ; — si l’on étudie bien ces cinq grands moments, on possédera tous les éléments d’une comparaison qui atteindra à la rigueur d’une science. « L’homme , faible dans ses moyens et dans son génie , ne fait que se répéter sans cesse ; il circule dans un cercle dont il tâche en vain de sortir ; les faits mêmes qui ne dépendent pas de lui , et qui semblent tenir au jeu de la fortune, se reproduisent incessamment dans ce qu’ils ont d’essentiel*. » Et l’auteur en conclut contre le goût des innovations, persuadé, comme Salomon, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
11 croit même qu’on pourrait tirer de cette étude du passé un pronostic certain sur l’avenir de la Révolution française et sur la question de savoir si elle se consolidera. Il incline tout à fait à croire que non; mais on entrevoit cette solution négative plutôt qu’il ne la donne explicitement.
« Le passé prédit l’avenir, » a dit énergiquement Ma- bly; l’auteur de Y Essai exprime la même pensée en poète : « Celui qui lit l’histoire ressemble à un homme voyageant dans le désert, à travers ces bois fabuleux de l’Antiquité qui prédisaient l’avenir. »
Les pensées de ce genre sont continuelles dans Y Essai
et sortent à chaque pas. L’idée générale peut paraître
* Chateaubriand a retrouvé cette idée de l 'Essai dans ses Mémoires d'Outre-tombe (tome VI, page 261) : « L’histoire n’est qu’une répétition des mêmes faits appliqués à des hommes et à des temps divers.»
— L’abbé Galiani avait eu la même idée : « L’histoire moderne n’est de l’histoire ancienne sous d’autres noms. »
très-contestable. L’illustre auteur, critiquant son ouvrage en 1826, a protesté contre ce cercle dans lequel il voulait alors enfermer l'humanité : devenu libéral et partisan de la perfectibilité tout autant que Mme de Staël , qu’il avait d’abord combattue sur ce point-là, il assigne à la marche de l’humanité une série de cercles concentriques qui vont en s’élargissant, et dont la circonférence s’accroîtra sans cesse dans un espace infini, c’està-dire qu’il a substitué à l’image du cercle simple celle de la spirale, montant en cercles de plus en plus élargis. Plus vieux et jeté hors de l’arène, je ne sais trop ce qu’au fond il pensait et du cercle et de la spirale. Ce qui est certain , c’est que, tout en ne voulant pas se brouiller avec la république future, il ne parlait jamais de l’avenir que comme d’un épouvantable chaos, et que sa prédiction habituelle revenait à dire : Après moi le déluge! Je ne prétends pas chercher un lien entre ces contradictions trop visibles , aux différents âges’. Je me garderai encore moins d’exprimer un avis sur ces immenses et, selon moi, insondables questions ; je remarquerai seulement que l’auteur de 1826 paye tribut à l’esprit et, si j’ose dire, au lieu commun de son temps : le jeune auteur de 1797 y résistait mieux. Certes, même en faisant la part des différences essentielles propres aux sociétés modernes, on pourrait encore soutenir, après avoir étudié les révolutions anciennes avec les Thucydide et les Aristote, que toutes les formes sont déjà sorties du couçs naturel des choses et de la roue de la fortune , et que l’expérience toujours perdue et toujours vaine recommence 3 . Les sciences, il est vrai, comme le remarque
4 Ce serait, je crois, un soin superflu. Il y avait de sa part, sur ces questions, plutôt des boutades qu’une haute et constante vue : ce qui fait qu’il n’a pas été proprement un gr and esprit .
2 Un homme d’Etat éclairé a pu écffre le' wilécembrc 1819 : « J »