TOMBEAUX CHRÉTIENS
afin que j'élevasse les yeux vers lui. Il aura désormais avec vous toutes mes pensées *. Je dirigerai le peu de forces qu'il m’a 1 données vers sa gloire, certain que je suis que là gît la souve- I raine beauté et le souverain génie, là où est un Dieu immense ( qui fait cingler les étoiles sur la mer des cieux comme une flotte magnifique, et qui a placé le cœur de l'honnète homme dans un fort inaccessible aux méchants *.
fl faut que je vous parle encore de l'ouvrage auquel vous vous intéressez*. Je ne saurais guère vous en donner une idée à cause de l’extrême variété des tons qui le composent; mais je puis vous assurer que j’y ai mis tout ce que je puis, car j’a senti vivement l’intérêt du sujet. Je vous ai déjà marqué que vous y trouveriez ce qu’il y a de mieux dans les Natchez. Puisque je vous ai entretenn de morts et de tombeaux au commencement de cette lettre , je vous citerai quelque chose de mon ouvrage à ce sujet. C’est dans la septième partie où, après avoir passé en revue les tombeaux chez tous les peuples anciens et modernes, j’arrive aux Tombeaux chrétiens. Je parle de ,, cette fausse sagesse qui fit transporter les cendres de nos pères hors de l’enceinte des villes, sous je ne sais quel prétexte de : santé; je dis* :
■ Un peuple est parvenu au moment de sa dissolution lorsqu’on y entend sans cesse répéter ces maximes horribles : Que m’importe aptes ma mort où on me jette; qu’on fasse de mon cadavre ce que l’on voudra! — Eh! malheureux! n’as-tu donc ni Dieu, ni patrie, ni parents, ni amis! Que je te plains d’être insensible aux Charmes d'ûn tombeau sous les arbres qui t’ont vu naître ! Cela fut un spectacle réservé à nos jours»
1 II aura désormais avec vous. ... Dieu et Fontanes mis sur la même ligne : singulière association !
2 II parle dans cette lettre du même ton que dans son livre, tout aussi solennellement.
3 L’ouvrage qu’il avait entrepris sur le Christianisme.
4 II est curieux de comparer cette première version avec le texte» imprimé du Génie du Christianisme ; on y voit au net de quel genre de corrections l’auteur fut redevable à ses amis de Paris.
* C’est ici qu’on peut commencer de faire le rapprochement avec le texte imprimé (voir Génie du Christianisme, IV* partie,, livre ii, au chapitre des Tombeaux chrétiens).
’ , « que de voir ce qui était regardé comme le plus grand malheur chez les Anciens, ce qui devenait le dernier supplice dont on punissait les scélérats (nous entendohs la dispersion des cendres), que de voir, disons-nous, cette dispersion des cendres applaudie comme le chef-d'œuvre de la philosophie. Et où était donc le crime de nos aïeux pour traiter ainsi leurs restes, sinon d'avoir mis au jour des fils tels que nous ? Mais écoutez la fin de tout ceci, et voyez l’énormité de la sagesse humaine : dans plusieurs villes de la France on bâtit des cachots spr l'emplacement des cimetières : on éleva les prisons des hommes sur le champ où Dieu avait décrété' la fin de tout esclavage ; on édifia des lieux de douleurs pour remplacer les’demeures où toutes les peines venaient finir ; la couche dç l’insomnie et des lames 1 fut étendue à la place du lit où jamais le chagrin ne se réveille; de l’asile de l’espérance on fit l’asile du désespoir ; enfin il ne resta qu’une ressemblance effroyable entre ces prisons et ces cimetières ;• c’est que là s’exercèrent souvent les jugements iniques des hommes, là où Dieu avait prononcé les
arrêts de son inviolable justice ! »
X X VvV.J - - SI
Dans un autre endroit, je peins ainsi les Tombeaux de Saint- Denis avant leur destruction :
« On frissonne en voyant ces vastes ruines où sont mêlées également la grandeur et la petitesse, les mémoires fameuse» *ct les mémoires ignorées ; où, lorsqu’on cherche une expression assez magnifique pour peindre ce qu’il y a de plus exalté '• dans les temps, l’objet ou la réflexion subséquente * sollicite le mot le plus bas, pour exprimer ce qu’il y a de plus vil et de moindre valeur sur la terre. O Trépas ! 6n ne peut méconnaître ici tes sombres royaumes ! Les ombres de ces vieilles voûtes, qui s’abaissent pour se confondre avec les ombres de ces vieux tombeaux; ces inutiles grilles de -fer, rangées autour de ces 1 cercueils, et qui ne peüvent défendre la mort des empresse- 1 ments des hommes; cq calme si profond où l’on entend
1 Ces membres deplirases, où l’excès de redoublement trahit trop la pure rhétorique, ont disparu dans le texte imprimé.
- Ce subséquente a disparu dans l’imprimé ; ce sont de ces locutions dont 1’» guéri Fontanes. ( Voir le chapitre intitulé Saint-Denis, dans la IV' partie, livre u, du Génie du Christianisme.)