‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 87 sur 194 · EXACTITUDE CONTESTÉE DU TABLEAU · texte numérisé non relu

EXACTITUDE CONTESTÉE DU TABLEAU

extraordinaire et le j>ltts contr asté g y j pp puisse jrç .nginer 1 : sur le bord occitrïïitaîrjen que des savanes qui se déroulent à perte de vue, des ondulations TKe verdure à l’infini, et des prairies sans bornes « où l’on*voit errer à l’aventure des troupeaux de trois ou quatre mille d utiles sauvages. Quelquefoisun bison chargé d’années , fendant les flots à la nage, se vient coucher parmi les hautes herbes dans une île du Mcschacebé : à son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu mugissant du fleuve, qui jette un œil satisfait sur la grandeur de ses ondes jet la sauvage abondance de ses rives. »

Le Rhin tranquille et fer du progrès de ses eaux , tous nos vieux fleuves ne sont que des nains auprès de ce hideux bison chargé d’années, lequel, avec son énorme bosse de graisse au-dessus du col, devient tout d'un coup majestueux et domine le fond de l’immense paysage : ce sont là des jeux et des artifices de cette imagination ma-

Le contraste entre les deux rives, assure-t-on, n’est ni aussi complet ni aussi admirable qu’il le suppose. Les savanes ne sont pas toutes d’un côté , ni les forêts toutes de l’autre; à l’ouest comme à l’est ce sont les forêts qui dominent. Il est probable que’, durant Ses huit mois de séjour en Amérique , M. de Chateaubriand n’avait réelfement pas poussé jusqu’au Mississipi ; il s’était borné à descendre un peu le cours de l’Ohio , et il avait généralisé la vue en exagérant, et en jetant à profusion ensuite les teintes méridionales : « On voit bien , dit une Revue américaine , qu’il voudrait donner à penser qu’il a longtemps vér.u parmi nos Indiens et beaucoup voyagé dans nos déserts, et en particulier <|u'il est .très-familiarifé avec la Louisiane, le Mississipi et les Florid.es; mais cela est impossible. Ses scènes de description dans Atala et dans les Nat chez, sont entièrement fausses. Une personne capable de peupler les bords du Mississipi de perroquets , de singes et de flamants, ne peut jamais y avoir été, et quoiqu’il semble probable qu’il a fréquenté nos forêts dans la direction du Niagara, et qu’il a vif quantité de ces Indiens qui alors étaient nombreux des deux côtés de la ligne du Canada , il ne semble point croyable qu’il ait été au sudouest, dont les aspects sont si différents, etc... » ( American quarterly Review, décembre 1827.)

gique qui tire effet et, jusqu’à un certain point, beauté de tout Seulement il nous devient sensible déjà comme évidemment elle arrange. Continuons d’assister au développement du tableau; le texte dans son étendue est indispensable à notre commentaire :

« Telle est la scène sur le büi ;d ocçi^nt al ; mais elle change tout à coup sur laj ^-oiiposfe, et formç un 'admirable contraste. Suspendus sur le cours des ondes, groupés sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les’coloquintes s’entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à 1’extréraitc des branches, s’élancent de l’érable au tulipier, du tulipier à l’alcée ’, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent égarées d’arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquelles elles jettent des ponts et des arches de fleurs : alors les chainesde feuillage, les pommes d’or, les grappes empourprées, tout pend en festons sur les ondes. Du sein de ces massifs embaumés, le superbe magnolia élève son cône immobile; surmonté de ses roses blanches, il domine tous ces berceaux, et n’a d’autre rival que le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure. •

« Pour embellir encore ces retraites, l’inépuisable main du Créateur y.fit une multitude d’animaux, dont les jeux et les amours répandent la vie de toutes parts. De l’extrémité des avenues on aperçoit des ours enivrés de raisin qui chancellent sur les branches des ormeaux 2 ; des troupes de cariboux se

* M. Alfred de Vigny s’est souvenu de cette descript ion fantastiqu e 1 et de ces noms harmonieux dans sa comparaison du Colibri , l’tln des beaux morceaux d’Èloa :

Comme dans les forêts de la Louisiane etc.

3 On a beaucoup ride ces ours. L’auteur a beau les justifier, montrer qu’ils ne sont pas de son invention , ils paraîtront toujours singu-

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