SAUVAGE IMPOSSIBLE
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baignent dans un lac ; des écureuils noirs se jouent dans l'é- € paisseur des feuillages; des oiseaux moqueurs, des colombes virginiennes de la grosseur d’un passereau, descendent sur les gazons rougis par les fraises; des perroquets verts à tête jaune *, des piverts empourprés, des cardinaux de feu, grim- ' pent, en circulant, au haut des cyprès; des colibris étincellent sur le jasmin des Florides, et des serpents-oiseleurs sifflent suspendus aux dômes des bois, en s’y balançant comme des festons de lianes. »
Remarquez 1 toujours l’image finale qui panache le tout; chez Bernardin de Saint-Pierre elle se contentait de couronner. — Et tandis que sur l’autre rive , du côté des savanes, tout est silence et repos , ici au contraire toutfst mouvement, harmonie, murmure, ramage bigarré de couleurs et de chants : * * # ^
« Mais quand une brise vient à aitîmer toutes ces solitudes, à balancer tous ces corps flottants, à confondre toutes ces masses de blanc, d’azur, de vert, de rose,' à mêler Toutes vjes couleurs, à réunir tous les murmures, alors il sorfrdp tels, bruits du fond de ces forêts, il se passe de telles choses aux yeux que j’essayerai en vain {le les décrire à ceux qui n’ont point parcouru ces champs primitifs de la nature. *
Il suffit déjà de ces premières pages. Ne sentez-vous pas que l’enchantement est commencé et qu’il opère?
Après cette peinture d’avant-scène , les personnages sont introduits : le premier, qui est un vieillard nemmé Chactas (c’est-à-dire voix harmonieuse, comme si c’était un nom grec ), et qui va raconter sa propre aventure, a eu des circonstances fort singulières dans sa vie. Il a dans sa jeunesse visité l’Europe : « Retenu aux galères à Marseille
liers; car si le fait n’est pas de son invention , l’image qu'il en tire, la posture où il les met, est bien sortie en propre de son imaginative.
1 Ces perroquets à tête jaune ne se trouvent pas plus dans le pays que les flamants roses de tout à l’heure.