‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 89 sur 194 · TOME i · texte numérisé non relu

TOME i

par une cruelle injustice , rendu à la liberté, présenté à Louis XIV (car ia scène d ’Atala est censée se passer sous Louis XIV , et celle de René en plein Louis XV !) , il a conversé avec tous les grands hommes du siècle et assisté aux fêtes de Versailles, aux tragédies de Racine ( ce « qui est un peu fort), aux oraisons funèbres de Bossuet ( de plus en^ilus étonnant ! ) ; en un mot le Sauvage a contemplé la société à son plus haut point de splendeur’. »

Nous saisissons ici, au milieu de la pompe et de la magnificence, le défaut de l’auteur, qui a le don, le talent, mais aussi la manie de grouper. Il groupe, dans cette vie de Chactas, des circonstances extraordinaires et disparates, ou du moins trop éloignées et trop singulières pour que leur assemblage puisse paraître naturel, de même que tout à l’heure, dans la description des forêts, il groupait des accidents trop rares, trop singuliers et trop frappants pour être présentés comme habituels. Ce Chactas qui a assisté aux pièces de Racine est du même ordre que ces ours enivrés de raisin, qui chancellent sur les branches des ormeaux. Sans doute c’est possible ; il est même certain que ce dernier accident arrive pour des ours de petite espèce qui sont dans les forêts de l’Amérique du Nord , qui aiment le raisin , qui s’enivrent , et qu’on prend de cette façon. Mais l’auteur, en n’expliquant pas la chose, en ne la réduisant pas à ce qu’elle est dans

* Je m’en tiens au Chactas d'Atala, sans remonter, dans les Nat citez, au récit détaillé qu’il fait de son voyage à la Cour de Louis XIV, récit qui est bien ce qui se peut imaginer de plus incroyable, de plus*bizarre, et, tranchons le mot, de plus grotesque. Il s’y trouve à tout moment du grotesque et du charmant. Le souper de Chactas chez Ninon, où il y a des choses presque insensées (comme de le montrer au courant du Calcul infinitésimal alors inventé par Newton et Leibniz), se termine par une réllexion sur les passions qui est de la poésie la plus neuve et d'une admirable beauté.

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