‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 93 sur 194 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

Julousie des vieillards. — Trois âges dans l’ordre des images poétiques. — Bernardin de Saint-Pierre peintre virgilien. — Des images dans Paul et Virginie. — ün couplet de Théocrite. — Le récit dans Atala. — Harmonie et nombre. — Couleur locale. — Incohérence dans les caractères. — Citation de M. Vinet. — Puissance et passion.

Quand Bernardin de Saint-Pierre s’exprimait comme je vous l’ai dit sur son jeune et brillant rival, il éprouvait un sentiment qu’il est difficile à l’artiste d’étouffer : il en voulait un peu à la gloire bruyante de Chateaubriand , comme tout grand écrivain vieillissant en veut à son successeur, comme Chateaubriand s’impatientera un jour de l’applaudissement donné à Lamartine, comme le vieux Corneille était importuné du jeune Racine, comme le vieuxMichel-AngedescendantduCapitole 1 regardaitavec humeur et dédain le jeune Raphaél qui y montait, comme tous ces vieux et illustres jaloux le ressenterit à l’égard de leurs jeunes héritiers. L’applaudissement du Cirque , qu’il entend de loin, importune le vieux coursier retiré de l’arène.

Des deux mots qu’on attribue à Bernardin de Saint- Pierre il en est un que je retiens et que j’adopte de préférence, parce qu’il est parfaitement convenable et juste, et qu’il nous donne avec mesure une leçon de goût : «M. de Chateaubriand a l’imagination trop forte. » La compa-

1 Du Capitole d’alors, ç’est-à-dire du Vatican.

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