‹ Lettres à la Princesse (volume 3)Chapitre 52 sur 90 · Il voyageait en Algérie · texte numérisé non relu

Il voyageait en Algérie

que de se retrancher son côté gauche et de dire tout haut : « C’est un ami de mes ennemis. »

Combien de gens ne se rattachaient au gouvernement de l’empereur que par une adhésion ou une confiance plus ou moins vague, plus ou moins confuse aux sentiments du prince Napoléon, dans lesquels ils croyaient voir des indicateurs, des précurseurs d’autres sentiments impériaux! Les voilà avertis et désabusés. Et maintenant que faire ?

Je suis assuré que l’empereur regrettera, dans sa bonté et sa justice, ce qu’il a fait. C’est alors, Princesse, — c’est bientôt, — que vous pourrez intervenir; — et dès à présent vous le pouvez auprès de votre frère. Très-probablement on le pressera, on le priera de garder la présidence de l’Exposition universelle, que, seul, il est en état de tenir en main : mon sentiment serait qu’après une résistance honnête, il cédât; qu’il permît à l’empereur de regretter ce qui s’est fait, de le réparer en partie,... enfin qu’il ne fermât pas accès et jour à une réconciliation ; qu’il ne fût pas irrité au delà de ce qu’il faut. Je suis sûr que le pays lui saura gré de la modé-

ration qu’il montrera en ce sens. Il ne faut pas laisser les ennemis se réjouir et triompher à leur aise d’une zizanie qui afflige les amis sincères et serviteurs de l’empire.

Je m’emporte au delà des bornes moi-même. — Daignez agréer, Princesse, l’hommage de mon attachement respectueux.

Princesse,

Ce 13 mardi.

Tout n’est pas rose, même par ces beaux jours où la campagne est si verte et si riante : demain, mercredi même, un avis m’est donné que je suis d’une députation funèbre pour rendre les derniers honneurs à un sénateur mort (M. de Gabriac) : je ne puis, pour une première fois, me dérober à cette mission que je vais tâcher d’accomplir, au moins en partie, et qui me laissera bien fatigué. Un autre avis nous est donné que le soir du même jour l’empereur reçoit — et les sénateurs notamment. — Je crois que mon devoir est de ne pas manquer à cette récep-

tion, la première où je reverrai Sa Majesté depuis • ^ ma nomination. Me voilà donc dans la nécessité

de remettre le plaisir de mon mercredi à l’un

des jours suivants, jeudi ou vendredi. Vous me le

permettrez, Princesse. J’ai bien hâte que cette

session qui coupe toutes les journées soit finie :

j’ai hâte de pouvoir jouir d’une journée franche

à Saint-Gratien, que je n’ai jamais vu le matin.

Enfin j’essaye tout doucement de me faire l’esprit

à un arrangement de vie un peu nouveau, et où

la satisfaction du cœur et d’un attachement déjà

ancien trouve son compte. Il m’est impossible,

pour le moment, de ne pas me sentir un peu

dérouté, un peu étonné. On s’y fera. Je réclame,

Princesse, votre gracieuse indulgence et vous

prie d’agréer l’hommage de mes respectueux

et tendres sentiments.

Ce jeudi 15.

Oui, certes, tout cela n’est pas encore le loisir rêvé : cela y mène peut-être. J’ai rempli hier

mes doubles devoirs; j’y ai suffi — bien juste. Il m’a été agréable pourtant, hier soir, de pouvoir remercier directement l’empereur qui avait reçu ma lettre en voyage 1 et qui a bien voulu se

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