‹ Lettres à la Princesse (volume 3)Chapitre 63 sur 90 · CLX1II · texte numérisé non relu

CLX1II

Princesse,

Ce 17, samedi.

Je suis reconnaissant de votre bonne pensée. Je n’arriverai, je le pense, qu’après le premier acte ; si je tardais, je ne voudrais pas que la place restât vide, et je trouverais bien moyen de me loger derrière dans cette belle loge que je connais. Je désire bien un grand succès pour ce talent si franc et si naturel, d’une verve entraînante et chaude

Me permettrez-vous, Princesse, au milieu de tous ces soins, entre la représentation de ce soir et celle de demain 1 2, de rappeler à Votre Altesse la situation exacte de sa protégée au Conservatoire, M,le Marie C..., qui n’est encore que sur le seuil et qui n’y a qu’un pied? — II y

1. On représentait ce soir-là, pour la première fois, à l’Odéon (17 mars 1800) la comédie de M. Émile Augier, — la Contagion.

2. Le lendemain était ;hi dimanche, et il est probable qu’il s’agit ici d’une représentation de salon.

aura encore un petit effort à faire auprès de M. Auber.

A ce soir. Je vous prie d’agréer. Princesse, l’assurance de mon respectueux et tendre attachement.

Ce 8 juin, vendredi.

Princesse,

J’ai lu avec bien de l’intérêt ce second portrait : il est très-fin, très-bien observé, et il me semble qu’il est juste enfin de rendre les armes à qui sait si bien nous apprécier. Je vous le reporterai samedi soir, je l’espère, et je vous demande la permission d’en prendre copie. Un jour, avec votre permission tacite, nous pourrons publier tout cela : je cherche le moment et le lieu le plus convenable. Mon dernier volume des Lundis, où j’espérais d’abord mettre ce portrait non encore recueilli, ne m’a point paru à propos, en définitive, — à cause d'une Madame d' Al-

bany 1 qui aurait immédiatement précédé et qui n’avait qu’une royauté un peu postiche. J’attends en un mot et je guette le cadre le plus convenable à une telle figure , et je ne veux aucun voisinage qui ne soit en accord ou qui jure.

Je reçois, Princesse, une lettre de MmeSand; elle me demande un service ministériel ; elle demande souvent parce qu’elle est bonne; elle me le demande cette fois directement, sans doute parce qu’elle a déjà beaucoup employé Votre Altesse : mais, comme un bienfait n’est jamais fini, je ne crains pas de mettre sous vos yeux cette lettre. Elle est d’ailleurs charmante, naturelle, et ressemble à sa conversation de nos fins de soirée.

Je suis à vous, Princesse, avec le plus respectueux et le plus tendre attachement.

1. Articles sur la Comtesse d’Albany, par M. Saint- René Taillandier, Nouveaux Lundis, tome V,

GLXV

Ce 25 juin 1866.

Princesse,

Certainement Saint-Gratien aura mes hommages et mes dévotions cette année comme les précédentes : et que ne puis-je, chaque année, au lieu d’acquérir plus de lenteur , devenir plus léger au gré de mon désir et de ma pensée ! — J’ai vu M. Giraud ; je lui ai dit vos bons souvenirs ; il aura l’honneur de vous aller visiter uffi de ces matins, car il n’aplus de soirées. J’ai brisé avec lui plus d’une glace; je vous dirai le détail de cette conversation. — Je m’arrangerai pour arriver mercredi un peu de bonne heure : que votre sollicitude aimable ne s’inquiète pas de l’heure ni du moyen d’arriver; tout cela est si facile, et je suis un peu l’homme des manies. — Douce manie, comme diraient les anciens poètes, que celle qui mène à vous et à ce charmant séjour !

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.

Ce jeudi 5 juillet 186G.

Princesse,

J’ai été bien contrarié hier dans «ne douce habitude. Me voilà chargé d’un rapport sur la loi de propriété littéraire*, et il m’a fallu l’écrire ce matin. — Et puis ce passage brusque de la canicule à l’automne m’a laissé presque aussi rhumatisant du genou que M. Du Sommerard- 11 faut vous féliciter ce matin, Princesse : j’ouvre le Moniteur et j’y lis avec joie cette solution tant désirée. Je félicite M1"* Vimercati ; tous les amis de l’Italie doivent une belle chandelle à l’empereur ! C’est un beau jour et un grand moment dans son règne que la remise de la Vénétie entre ses mains. Ce pays- ci, déjà si gâté, saura-t-il apprécier la grande et glorieuse situation que son chef lui a faite?

1. Ce rapport, lu au Sénat le G juillet 18(1(5, a été recueilli dans le tome IX des Nouveaux Lundis, page 453.

J’irai en causer au premier jour de liberté. Princesse. Je mets à vos pieds l’hommage de mon respectueux et tendre attachement.

GLXYII

Ce 20 juillet.

Je ne sais si le mal est aussi difficile à faire, mais le bien l’est beaucoup, et on n’arrive pas sans peine à le mener à bonne fin. Vous si bonne, vous allez vous en apercevoir encore par la lettre ci-jointe que je reçois de Gavarni et que je trouve plus simple d’envoyer à Votre Altesse pour l’informer plus complètement. Elle est du comte de Seilhac, qui s’est conduit avec dévouement dans ces affaires du pauvre M. Morère ; il poursuit son œuvre. Poursuivez-la aussi, Princesse, c’est votre lot et votre vocation. Le nombre n’y nuit pas. — Je compte voir notre bon Eudore au retour de Saint-Gratien, peut-être lundi.

Je suis bien anxieux d’esprit pour toutes ces

grosses affaires politiques qui se mènent d’ici si bien, mais qui vont si laborieusement. — C’est un poids pour tous les cœurs patriotes.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de •mou respectueux et tendre attachement.

Ce 27 juillet.

La petite Louison d’autrefois, aujourd'hui M“e Louise F1..., demeure : n° 6, rue Perceval (Plaisance), Paris.

J’avais lu les lignes des Débats : il y a en tout ceci un peu de ramollissement ; il faut aimer les femmes en son temps, afin de ne pas extravaguer à première vue quand on est hors d’âge.

La difficulté pour Soulié est aussi dans sa modestie : il se défie de ses forces. Je le verrai aujourd’hui et le tâterai à fond.

Je crains que ce qu’une haute dame veut de-

1. Il a été déjà question de cette nièce de Nodier, dans une «ttre du 16 octobre 1863 (page 77).

A LA PRINCESSE. Î3I

mander à Lescure ne soit encore sur cette éternelle Marie-Antoinette. Nous le saurons.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon respectueux et bien tendre attachement.

P. -S. — Je reçois de Gavarni le mot ci-joint qui montre qu’au moins il apprécie celle qu’il avait trouvée du premier jour si... diantrement séduisante1. Quel dommage que de tels hommes s’immobilisent et s’inutilisent avant l’heure !

J’attends la visite de M. de Seilhac pour ce matin. Il me demandera sans doute comment la famille Morère pourra avoir l’honneur de vous porter l’expression de sa gratitude.

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