Histoire de Sibylle
sa place et se borne à regarder. J’attends avec une sorte d’impatience l'automne, et il me semble que, si je puis encore avoir le bonheur de vous recevoir, j’aurai l’impression d’être encore des vivants.
Je mets à vos pieds, Princesse, mon tendre et respectueux hommage.
Ce 8 septembre.
Princesse,
J’ai lu ces charmants vers, où respire le parfum et comme la bouffée du printemps de la vie. La sève découle du jeune arbre en fleurs. — 11 y a un vif sentiment d’harmonie. Il n’y a plus qu’à appliquer à quelque sujet cette jeune poésie encore errante. Ces sujets se rencontreront bien d’eux-mèmes. Je complimente l’aimable jeune homme dont le talent prend des ailes.
Je suis charmé de la réponse du chevalier de G... Oh! si dans tout ce que nous désirons il nous en arrivait seulement la moitié, que nous aurions de grâces à rendre! Je vois quelquefois
ce bon M. Giraud, à qui il n’arrive rien et qui me semble avoir repris toute sa vivacité sociale et son entrain affectueux.
L’histoire vaut mieux que le roman, même pour l’amusement. Nous disions cela l’autre jour avec M. Benedetti. Il y a un livre assez curieux à lire et à avoir : Maurice , comte de Saxe1, par le comte Vitzthum d’Eckstaedt; cela se trouve chez le libraire Klincksieck, rue de Lille, 11. C’est en français et d’une lecture très-agréable, en même temps que neuf. On y a les lettres mêmes du maréchal de Saxe, sauf l’orthographe.
À force de vivre tranquille et sur place, j’ai la pensée bien stagnante ; je réfléchis, mais je n’ai pas de moi-môme le mouvement. Je m’accoutume à cet état mélancolique et philosophique. Quand je me retrouve cependant en votre présence, Princesse, je m’aperçois que je voudrais mieux rendre.
Je mets à vos pieds l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
I. M. Sainte-Beuve a publié une étude sur cet ouvrage { Nouveaux t.undis, tome XI).
Princesse,
Ce 27 septembre.
Je suis tenu au courant par des amis qui vont et viennent. Je sais vos ennuis ; j’ai lu Charles Blanc plaidant pour la vallée1. Ces morts sont un grand embarras. Pourquoi ne pas permettre à ceux qui le voudraient la méthode de l’antiquité : le bûcher et les cendres? — Que d’embarras pendant la vie! que d’embarras après la mort!
J’ai aussi mon chemin qui me tourmente, et je crains que tous ces soins que je viens de prendre pour un nid final où je resterai coi jusqu’au grand déménagement, n’aboutissent, et assez vite, à une expropriation qui, dans l’état peu commode où je suis, me refasse errant. A quand donc le repos?
Le malade dont vous parlez ne se remet nul-
1. La vallée de Montmorency, où devait passer le convoi des morts pour le cimetière projeté de Méry-aur-Oise.
lement; il est seulement très-lent à mourir. Maisil n’y a jamais eu de mieux que dans les journaux. — Il tenait plus de place quil ne fera de vide1.
Gautier ne s’ennuiera pas; il a l’esprit fin et bien fertile dans le détail des choses. Ce qu’il trouve, ce qu’il voit et ce qu’il peint est inimaginable. Il a fait un morceau sur la poésie de ce temps-ci, destiné à faire partie des rapports Duruy, que l’on me dit très-beau. Théo, enfin, a de la sensibilité plus qu’on ne le suppose de loin, et il a le cœur ému autant que l’esprit en présence de la vraie beauté.
L’humanité, dès qu’on l’abandonne à ellemême, n’est pas encore prête à devenir sage. Ce congrès extravagant 2 le prouve. 11 y a des gens qui pensent que le meilleur moyen de guérir les hommes des folies est de commencer par les leur laisser faire toutes d’abord, et qu’on se blasera bientôt. C’est quelquefois vrai pour les hommes dans leur jeunesse : les fous deviennent sages, les mauvais sujets deviennent des hommes