CXL V
Ce jeudi, une heure moins vingt..
Princesse,
Je vous remercie infiniment de cette attention. La chose est faite, et bien faite, par l’habile docteur *. Je suis dans les ennuis et les em-
1. M. Ricord venait de faire à M. Sainte-Beuve l’opération d’un œdème, qui n’était peut-être dès lors qu’un des symptômes do la maladie de la pierre, dont il est mort.
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barras inévitables des suites. J’espère demain matin avoir l’honneur de vous écrire d’une main mieux posée, et non plus étendu comme en ce moment.
Agréez, Princesse, l’expression de ma gratitude et de mon respectueux attachement.
Et puis, quand je serai présentable, j’invoquerai la faveur de votre visite.
CXLYI
Co 19 janvier, vendredi.
Princesse,
Je dois à votre intérêt mon bulletin de ce jour. — Je ne vais ni très-bien ni très-mal. Je saurai mieux à quoi m’en tenir demain, et j’espère n’avoir plus qu’à attendre une cicatrisation naturelle.
On me dit que la pièce de Ponsard a réussi 1 .
1. Le Lion amoureux, joué pour la première fois au Tln’âire- Français, le 18 janvier U 60. — Le surlendemain, M. Saintc-
Tant mieux î C’est un talent honnête, élevé et qui a sa force à lui.
Je suis à vous, Princesse, avec un tendre et respectueux attachement.
Beuve recevait, en réponse à sa lettre, ce compte rendu éloquent, dont une copie s’est retrouvée dans ses papiers :
« Samedi ('20 janvier 1800)... La pièce de Ponsard a réussi. — Elle m’a ravie — d’abord parce qu’on y parle français, que les sentiments qu’elle fait naître sont français, et quVIIe est jouée admirablement bien : mes vieux sentiments républicains se sont tous réveillés; — je serais partie avec les républicains pour exterminer les royalistes, ces mauvais Français. — J’ai essayé de siffler lorsque le père de la jeune femme, qui se convertit à la jeunesse d’un général républicain et qu’elle épouse envers et contre tous, auquel Hoche tient de donner sa liberté, quand ce vieil émigré gracié lui dit : « Allons, ma » fille, chez les Anglais. »
» J’ai été contente de moi. Je puis encore sentir vivement et patriotiquement. Mais le public a été forcé d’applaudir malgré lui — il y a des pensées fières et fortes, superbes. J’ai passé une bonne soirée. Les gens qui ne pouvaient critiquer disaient nonchalamment r « Pourquoi remuer tout cela? » Quel esprit! quelle faiblesse! quelle lâcheté! Quant à moi, comme je ne suis pas assez noble pour avoir eu des parents guillotinés, je n’ai eu que les roses de la Révolution : je l’aime, je la comprends, sans excuser scs crimes; mais je suis indulgente pour ses erreurs et je voudrais voir tous les Français en sentir la grandeur et la défendre... »
LETTRES
Ce 20 janvier, samedi.
Princesse,
Mille grâces. Je ne suis pas brillant, mais ils disent que je vais bien, aussi bien que possible. Il y a seulement dans l’ensemble de l’organisation un ébranlement que je commence à sentir, à présent que le détail chirurgical préoccupe moins. En tout, j’espère bien me retrouver comme avant, et vous serez la bonté même de me garder le mercredi, — mon mercredi, à travers mes absences.
Une pensée me vient à travers cette interruption de travail : c’est que cette sécurité qui fait mon oreiller désormais et grâce à laquelle je puis mener ma convalescence, je la dois au Sénat, et le Sénat, je le dois... Quoique ce ne soit pas là une manière politique d’envisager les choses, Votre Altesse me la pardonnera, c’est une manière de sentir qui m’est chère.
Je suis à vous, Princesse, avec tout le respect et l’attachement que vous savez.
Ce 23, mardi, 10 heures.
Princesse ,
Le billet arrive au milieu de la consultation des docteurs, ce qui me fait tarder à renvoyer le messager. Ricord répond du malade, malgré les souffrances. Elles sont un peu vives, je l’avoue, mais il dit que je suis une organisation nerveuse et une petite-maîtresse. Le fait est que je ne pourrais tenir la plume pour avoir l’honneur de vous répondre comme l’autre jour. On me dit que, quand j’aurai passé cette journée à obéir ponctuellement à mes bons docteurs, je serai en voie de guérison. Dieu soit loué! Oh! les mercredis !
J’envoie à Votre Altesse les expressions de ma gratitude et de tout mon respectueux attachement.
LETTRES
Ce 24, mercredi midi.
Je suis sensible à tant de bons soins. M. Giraud vous dira de visu comment je suis. 11 y a deux manières d’aller dans une maladie : la manière médicale, conforme aux règles et aux pro- / nostics. D’après cette manière je vais bien. Mais, d après l’autre manière, qui est celle du malade, je suis loin du compte. Je n’ai rien pris depuis l’opération. Jugez si je suis fort. On me permet aujourd’hui les consommés, mais je n’en ai pas usé encore. Je ne suis pas en état d’écrire moimême. Tout cela reviendra vite, mais pas avant le courant de la semaine prochaine. Celle-ci est encore toute destinée à aller à petits pas et à vaincre des douleurs accessoires, mais assez obstinées.
Je ne crains pas de vous raconter mes maux.
Princesse, parce qu’en tout, votre esprit aime ce
qui est. Je n’ai encore rien lu de tous ces beaux discours, excepté celui du maître.
Je mets à vos pieds l’expression de mon respectueux attachement.
Ce 28 janvier 1806, dimanche, huit heures du matin.
Je demande encore la permission de dicter.
Je suis tout à fait mieux, mais seulement depuis ce matin quatre heures. Je suis vraiment honteux de tant occuper mes amis pour une petite maladie que mes médecins n’ont pu consentir môme à appeler de ce nom. J’en suis, je l’espère, à ma semaine de convalescence. Une visite de Son Altesse lundi ou mardi me rendra très-heui reux et me donnera le reste de patience dont j’a bien besoin encore.
M lle Marie C... passe mercredi son examen de commençante devant M. Auber. 11 serait bien important quelle pût passer le plus tôt
LETTRES
possible dans la classe de chant qui est son objet et qu’elle ne restât pas trop longtemps dans cette classe de solfège qui n’a été qu’un détour. — Vous voyez, Princesse, comme je sais que la vraie bonté est la bonté persévérante et qui ne s’ennuie de rien.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’expression de mon tendre et respectueux attachement.