‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 100 sur 135 · MONSIEUR ET ILLUSTRE AMI · texte numérisé non relu

MONSIEUR ET ILLUSTRE AMI

La dernière fois que j'eus rhonneur de vous voir, vous donniez le troisième volume. Vous voulûtes bien me lire un portrait que je trouvai admirable. Une personne survint, qui ne me permit pas d'exprimer mon opinion sur vos premiers volumes.

Cependant, les huit ont paru, le succès a été immense, légitime, s'il en fut, au point de vue littéraire.

Ce point de vue peut-il être le seul, à la veille des agitations sociales qui peut-être vont venir demain? Croyez-vous qu'il soit sans inconvénient de confirmer l'Europe dans une idée qu'elle n'a que trop, malheureusement : la France, c'est toujours Robespierre ?

Tel a été, monsieur et illustre ami, l'effet de votre livre. On a dit partout : Le premier homme de la France actuelle avoue que Robespierre a été chez ce peuple Vhomme vraiment national.

Il m*était impossible, dans Tétat actuel des esprits, de ne pas exprimer hautement mon dissentiment. Je Tai fait, quoi qu'il ait pu coûter à mon amitié.

D'autre part, j'ai pris parti ouvertement, vous le savez, contre l'église actuelle pour l'église de l'avenir que je vois poindre à l'horizon. Il m'était impossible de ne point combattre votre tolérance pour l'ancienne église, la facilité avec laquelle vous passez sur la part directe qu'elle eut et aux crimes de l'ancien régime, et aux coupables résistances qui ont empêché le nouveau de porter ses fruits.

Mon cœur avait besoin de vous dire tout ceci, au moment où mon nouveau livre exprime notre opposition politique et religieuse dans les choses du passé. — Et, en vous le disant, mon cœur saigne ; car, ni en ce monde, ni en l'autre, je ne voudrais être séparé de vous.

J. MIGHELET.

Au tome III et aux suivants, j'exprimerai mon admiration sur une foule de grandes et belles choses que je trouve dans votre livre.

Page 1