MON CHER COLLÈGUE
Je VOUS envoie la brochure dont je vous ai parlé; j'y ai marqué le passage qui vous concerne.
L'ensemble de cet écrit, qui est d'un homme instruit, est une critique de la doctrine de Fourier. On y trouve souvent de l'esprit et du sens, mais le tout est un peu gâté par des apostrophes de mauvais goût et quelquefois injurieuses.
Dans l'épilogue, l'auteur indique un remède à la grande plaie sociale du prolétariat ; il ne sait pas voir que son remède s'applique tous les jours de la seule manière possible. Comme les eaux de la mer et toutes les eaux retournent aux montagnes par l'évaporation (c'est la comparaison qu'il a adoptée), la fortune du riche retourne au pauvre par les
dépenses du riche, utiles |ou luxueuses. Ainsi ces beaux édifices, ces hôtels qu'on admire dans Paris, le peuple en a déjà reçu la valeur ; c'est la source et l'origine d'une multitude de petites propriétés dans la Creuse, le Limousin et ailleurs encore.
Les Fouriéristes sont aussi aveugles que l'officier, leur contradicteur. Ils ne voient pas que l'association du capital, du travail et de l'intelligence existe en réalité dans la vieille société qu'ils veulent réformer. Cette association existe, je le répète, de la seule manière possible ; tous nos intérêts sont solidaires. L'ouvrier de l'atelier est intéressé à ce que le chef fasse bien ses afiaires, car ils sont associés. Il en est de même des travailleurs de l'agriculture vis-à-vis du propriétaire, et c'est là la grande fabrique.
On pourrait multiplier les preuves à l'infini.
Je vous prie de vouloir bien me retourner cette brochure qui ne m'appartient pas.
Recevez, mon cher collègue, l'assurance de ma considération la plus distinguée et de mes sentiments affectueux.
Maréchal duc d'isly.
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LETTRE DE M. VICTOR HUGO
Dimanche, 27 février (1848).