MON CHER COLLÈGUE ET CONFRÈRE
J'ai toujours été très blessé de la manière dont Tesprit de parti en général juge les hommes politiques. Pour les criminels même, il y a des circonstances atténuantes ! L'esprit de parti aggrave tout et ne tient compte de rien.
Pour moi, votre ancien collègue de Chambre, votre confrère à l'Académie, admirateur de ce qu'il y a de beau et de vrai dans votre talent, d'accord avec vous quand vous combattiez la coalition de 1840, j'ai vivement regretté de vous trouver en dissidence avec moi le 24 février. Ce jour-là, l'événement l'a prouvé, vous vous êtes donné un rude labeur, pour les jours qui devaient suivre I... Vous avez risqué votre vie en repoussant le drapeau rouge I Vos deux volumes sur l'histoire de cette révolution attestent la série de périls, d'assauts et de tortures que vous avez éprouvés pour résister
aux anarchistes qui vous pressaient de toutes parts I Vous avez éprouvé et vérifié cette parole du grand poète :
... Facilis discursus avemo est ; Sed revocare gradum, superasque evadere ad auras, Hoc opus, hic labor est !
Voilà où nous en sommes I et en vérité, je ne puis vous plaindre sans plaindre bien davantage encore la position critique où le 24 février a placé la société. Mais les efforts que vous faites aujourd'hui pour la défendre sont louables, et voilà pourquoi j'ai saisi avec empressement Toccasion de vous citer et de mettre en relief des paroles dont on doit vous savoir gré.
Recevez, je vous prie, mon cher collègue, l'assurance de mes sentiments de confraternité.