A l'Académie
ressemblé à un triomphe qu'il me semble qu'à votre place je me présenterais de nouveau (si Casimir Delavigne ne se met pas sur les rangs), quitte à me retirer tout à fait si le succès n'accompagnait pas ma démarche. Si vous désirez que je sonde le terrain à cet égard, mandez-le-moi. Vous savez que la pauvre mouche du coche est toujours heureuse quand on essaye de lui persuader que son activité n'est pas sans utilité.
Il est mal à vous de ne pas me communiquer le résultat de vos travaux poétiques et de croire que je ne suis digne d'entendre vibrer qu'une seule de vos cordes. Je vois bien qu'il y a un peu de rancune socratique dans cette assertion, mais vous êtes injuste; n'ai-je pas admiré l'ode à Bonaparte, le Désespoir et ces autres morceaux étrangers à l'amour. Je serai tout à lait lâchée contre vous si vous ne me prouvez pas, par une marque de confiance, dont je serai très touchée, que vous vous repentez de votre téméraire jugement et que vous voulez en me communiquant vos ouvrages avant le public apporter à mes souffrances la plus efficace des consolations. J'ai bien envie de mettre madame de Lamartine dans mes intérêts, c'est une manière bien douce de se mettre en rapport avec elle que de commencer par une obligation .
Adieu, monsieur, prouvez quelquefois à la pauvre infirme que vous ne Tavez pas tout à fait oubliée, et croyez qu'elle considérera comme un bienfait toutes les preuves d'intérêt qu'elle recevra de vous. Elle vous demande de la tenir au courant de votre santé, de vos projets et de vos productions. J'ai fait votre commission après de M. de Feletz que je crois très disposé à vous donner de nouveau les preuves d'obligeance dont vous avez bien voulu lui savoir gré.
On ne parle en ce moment que des indemnités.
Si elles sont adoptées, elles me rendront fort riche, ce qui m'efiEraie et m'eflarouche bien plus que cela ne me plaira. J'avais envie de proposer un amendement qui fît passer sur la tète des mères de famille la fortune qui doit revenir aux femmes isolées. Parlez de moi à madame de Lamartine tout comme si j avais l'honneur d*en être connue.
Le quatrain qui fut faii au moment de la nomination de M. Droz, vous est-il connu? Dans tous les cas le voici ;
Vous avez nommé Droz ? — Oui, c'est un beau génie. Son titre, quel est-il ? — Le secret d'être heureux. Admirable secret ; mais pour l'Académie, Le secre t d'être lu ne vaudrait-il pas mieux ?
R. DE MONTCALM
LETTRE DE MONSIEUR CHARLES NODIER
Paris, le 28 janvier 1825.