‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 12 sur 135 · MON CHER ALPHONSE · texte numérisé non relu

MON CHER ALPHONSE

J'ai eu bien du regret de ne pas vous voir à Paris où j'espère être incessamment plus heureux, car c'est ici que vous serez obligé de vivre quand justice se fera. En attendant, jouissez de votre solitude. C'est un bien comme la santé dont on ne connaît le prix que quand on ne le possède plus. Il y a longtemps que tous les deux sont perdus pour moi.

Si je ne vous vois pas, je ne saurais vous oublier. Votre amitié est une de ces faveurs de la Providence qui consolent de bien des peines. Depuis que j'ose y compter un peu, je me suis surpris quelquefois à avoir de la vanité. S'il est vrai qu'on ne jouit de la vie que par des défauts, en voilà du moins un dont je vous aurai l'obligation.

J'espérais aller à Mâcon. Des travaux bien stériles, et cependant bien accablants, me retiennent

à Paris. C'est M. Alphonse de Cailleux, secrétaire général des Musées royaux, et Tun des deux Alphonse que j'aime le mieux au monde, qui va visiter, pour le grand ouvrage des Voyages Pittoresques , vos sites et vos monuments. Il est tout naturel qu'il désire beaucoup de vous voir. Le prophète dit que l'homme selon Dieu est un temple. L'homme de génie en est un aussi.

Voyez dans mon ami Alphonse de Cailleux une émanation de ma pensée, une partie de moi-même qui vous arrive. Il vous dira qu'il y a une famille à Paris qui vous aime comme elle vous admire.

Je ne vous ai pas remercié des vers délicieux que vous avez composés pour Valbum de ma fille. Ce n'est pas ma faute si on ne peut vous parler de vos ouvrages sans avoir l'air d'un flatteur.

Adieu, mon cher Alphonse. Vivez heureux, et gardez un peu d'amitié à Votre fidèle

CHARLES NODIER

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