‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 113 sur 135 · LETTRE DE M. ERNEST HAVET · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. ERNEST HAVET

15 mars 1852.

MONSIEUR

Je vous prie d'agréer rhommage de cette édition avec commentaires des Pensées de Pascal. Je ne prétends pas, monsieur, qu'au milieu de si grandes occupations et de si hautes pensées, vous puissiez trouver du temps pour jeter seulement les yeux sur un travail aussi humble. Mais c'est assez pour moi si ce travail peut me donner le droit de vous adresser cette lettre, et de vous témoigner en particulier des sentiments qui sont ceux de tous les hommes qui pensent et qui sentent, mais que tous n'ont pas l'occasion de vous exprimer à vousmême. Si l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole, nulle parole, monsieur, n'a nourri plus d'âmes que la vôtre, ni d'un plus divin et plus incorruptible aliment. Les réalités les plus brutales et les plus ternes n'étouffent pas la flamme que vous avez allumée : vos vers la conservent

inaltérable pour la dernière postérité, et votre parole, que j'appellerais volontiers votre poésie de tous les jours, la ravive à chaque instant dans le cœur des contemporains. Je suis encore tout ému, au moment où je vous écris, de ce que le Siècle d'hier m'a fait lire. Non, monsieur, non, vous ne serez pas déçu, et il n'est pas possible que la vie qui déborde en vous et par vous, ne brise enfin la pierre du sépulcre.

Agréez, monsieur, l'expression bien incomplète de mon profond respect et de mon admiration passionnée.

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