AUGUSTE BARBIER
LETTRR DE M. L'ABBÉ GRATRÏ,
Je viens de remercier M. Valette, à qui je dois la précieuse lettre que vous avez bien voulu m'adresser. Je lui explique pourquoi je vous réponds si tardivement, et comment j'espère et désire vous remercier plus amplement et de vive voix.
Ai-je besoin de vous dire, monsieur, quelle joie m'a causée votre lettre ? Je veux seulement vous assurer que ce n'est pas une joie d'auteur. J'éprouve bien peu ce sentiment. Mais j'aime les âmes, et il y a des âmes lumineuses que j'ai aimées de tout temps, sans avoir jamais rencontré l'occasion de communications directes. Si elles disparaissaient de cette terre avant moi, je serais étonné, désolé de ne les avoir jamais embrassées... Or voici la plus lumineuse de ces âmes qui daigne me saluer la première. Quel bonheur !
Aussi, monsieur, je vous demande la permission de vous faire une visite, soit à Paris, soit à Saint- Point, si je retourne dans le midi. Je voudrais une bonne fois chercher à voir de près si le ressort de votre espérance et le dernier but de votre ambition dans cette vie est ce que je soupçonne, et si vous espérez et voulez vivre assez pour contribuer à mettre sur la terre un peu plus de justice, d'amour et de sérénité. On le pourrait. Oh I si vous le vouliez très fortement, comme Dieu vous bénirait I et que de bien vous pourriez accomplir I
Le reste ne peut se dire que de vive voix.
Adieu, monsieur; je prie Dieu de vous combler des riches bénédictions que je demande pour vous.