‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 125 sur 135 · LETTRE DE ADOLPHE DUMAS · texte numérisé non relu

LETTRE DE ADOLPHE DUMAS

Paris, 18 mai 1861.

Il faut que je sois bien malade pour ne pas avoir été une seule fois rue Ville-rÉvèque, cet hiver. Je vous en donne la preuve en vous disant que, depuis le 1®' novembre, je n'ai fait que deux ou trois promenades en voiture, et que je viens d'envoyer

acheter des béquilles pour faire le voyage des eaux à Plombières ou à Barèges.

Voilà dans quel état j'ai lu VAriostSy Machiavel et Cicéron *. J'ai dû vous écrire des lettres brûlantes; mais il est si triste de se plaindre toujours de son corps : c'est une honte pour l'esprit qui se trouve vaincu par une brute. Et puis j'avais peur de vous faire venir dans mon Coquenard que je n'appelle plus sur mes cartes que rue Neuve- Lamartine, par confusion. Enfin je ne vous ai pas vu. Antony ^ m'a parlé de vous et de Cicéron. Je ne vous comprends plus. Vous êtes donc comme Tite-Live, et vous écrivez juste la Décade qu'on lui a perdue, à dessein sans doute, car les erreurs de l'histoire ne sont pas toujours des erreurs. Quoi qu'il en soit, vous êtes un homme merveilleux et qui devient positif, plus merveilleusement encore. Quelle langue romaine vous avez, quel esprit romain aussi ! Eh bien, vous le dirai- je? cet esprit et cette langue-là sont déjà dans les Méditations. Les vieux élèves d'Helvétius et de Condillac vous faisaient pourtant passer pour nuageux I Les Méditations en prose seraient votre prose d'aujourd'hui, aussi claires et aussi nettes. Il n'y a que le sentiment qui vous emporte plus loin et jusqu'où ne vont jamais ceux qui n'en ont

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