LETTRE DE MADEMOISELLE DELPHINE GAY
Villiers-sur-Orge, 26 août 1829.
Voici l'époque où vous deviez revenir*. Êtesvous toujours dans la même intention? Faites nous
1. Voir lettre à mademoiselle Delphine Gay, 2 juillet 1829. Correspondance y t. III.
part de vos projets. Les nôtres ont été bien dérangés. M. de Vignet vous dira que nous espérions aller vous faire une petite visite avec lui en allant à Aix. Mais les affaires diplomatiques l'ont retenu à Paris, et le mauvais temps ne nous a pas laissé le moindre prétexte pour aller prendre les eaux. Nous sommes maintenant dans notre solitude, méditant sur tout ce que le nouveau ministère * peut apporter de changements dans nos destinées, et regrettant de n'avoir pas à lire, à répéter les vers que vous m'aviez promis.
Je les attendais avec impatience pour me consoler et m'encourager, car je n'ai jamais été moins inspirée. Les conversations du jour ne sont guère tournées à la poésie. Tous nos amis sont dispersés. Nous venons de voir partir le dernier, dont le refus fait aujourd'hui tant d'effet ^ Nous causions bien souvent de vous ensemble ; et j'aimais à lui faire redire que l'on ne connaissait pas encore tout le charme de vos vers lorsqu'on ne les avait pas lus au bruit des vagues, après le danger d'une tempête. Il nous disait qu'à peine le calme était revenu, il était sûr de voir tous ses officiers se promener sur le pont tenant à la main un de ces petits volumes