‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 43 sur 135 · B.-G. CUVIER · texte numérisé non relu

B.-G. CUVIER

Paris, le 3 mars 1830.

LETTRE DE M. DE CUATEAUBRl A ND .

13 juin 1830.

Vous ne recevez, monsieur, d'inspirations que de votre lyre : tout votre talent est à vous. Vos Harmonies religieuses auront encore pour moi un autre charme que l'admiration : elles arrivent -à point dans ma vie ; je suis un vieux voyageur ; et vous savez que Platon, notre maître, assure que

Ton entend de beaux accords, en approchant de la fin de la course.

Agréez, monsieur, je vous prie, mes remerciements les plus empressés et l'assurance de ma vive admiration.

CHATEAUBRIANDr

LETTRE DE M. CAZALES.

Draveil, ce 24 juin 1830.

...Mais laissons la politique : j'aime mieux vous parler des Harmonies. J'espère que vous aurez reçu l'article du baron d'Eckstein dans VEcho : du moins j'avais écrit pour qu'on vous l'envoyât à Màcon; mais on est si négligent dans ce bureau que je ne réponds de rien. Ainsi, si vous ne l'avez pas vu, mandez-le-moi pour que je vous l'envoie. Ledit article était passablement amphigourique, quoiqu'il y ait au fond des pensées justes et assez neuves qui peut-être n'étaient aperceptibles que pour les gens qui savent lire et entendre le d'Ecks-

tein. Tel qu'il est, vous devez être content de l'intention : il n'a pas dérogé jusqu'à la langue vulgaire, c'est pour vous faire plus d'honneur. Voilà Thiers et Sainte-Beuve qui vous ont payé leur

^ tribut. L'article de Thiers est bien écrit : il y a de

fort saines idées littéraires; mais on voit qu'il n'est pas sur son terrain en parlant poésie. Je dois avouer qu'il a raison dans ses critiques et qu'il fait fort bien de vous prêcher le travail afin que vous laissiez après vous des monuments, que vous fassiez honneur à votre patrie. Mais ne sont-ce pas d'inutiles sermons que ceux-là ? Ne serez- vous pas toute votre vie plutôt un dilettante qui, dans ses

» heures de loisir, laisse tomber les fruits de son

génie, qu'un artiste amant de la perfection, retravaillant sans cesse ses œuvres, ajoutant, retranchant, corrigeant, faisant enfin de son mieux? Vous êtes trop prodigue : vous êtes comme cette femme d'un conte de fées qui répandait des fleurs ou des pierreries à chaque parole. J'imagine que quand les diamants qui lui sortaient de la bouche n'étaient pas suffisamment polis, elle ne les ramassait pas pour les faire retailler, mais qu'elle recommençait à parler, sûre qu'il en viendrait de plus beaux. Vous, vous êtes doué en poésie, et c'est ainsi que vous jetez les vers, pêle-mêle, sans les compter ni les regarder. Les deux articles

de Sainte-Beuve dans le Globe sont assez jolis, cependant il a quelquefois lait mieux que cela.

CAZALÊS.

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