LU LETTRE DE M. AIMÉ MARTIN
Monsieur Alphonse de Lamartine
Chez M, Royer, rue de Condé, à Dijon
Le 20 janvier 1831.
Vous devez avoir reçu de moi une longue lettre à votre arrivée à Dijon. M. Laine va vous écrire... Il vous entretiendra de faits curieux. Toute cette famille vous aime tendrement, et bon Dieu I qui ne vous aime pas, ingrat?
J'achève en ce moment les Mémoires de Byron.
Il est mort pendant une tempête. Le peuple superstitieux criait dans les rues en voyant les éclairs, en écoutant la foudre : < Le grand homme meurt I > Quel tableau : il manque à votre poème!
Ce pauvre Lord Byron, sa mort m'a touché vivement. A une telle âme, il faut l'immortalité, l'immensité, l'infini, et un infini de bonheur! Avez-
VOUS remarqué cette dernière pensée de son génie, vous qui croyez, avec tant de raison, que le plus beau est toujours le plus vrai? « Toute punition qui est vengeance et non correction est moralement coupable : or le monde fini, à quoi bon d'éternelles tortures? » Tout le génie de Bossuet s'évanouit devant une pensée si vigoureusement exprimée. Ainsi la dernière pensée de ce Byron qui écrivait pour Satan a été pour nier Satan. Que d'espérances dans ces mots I et quelle admirable affirmation de la justice divine!
M. Laine disait de vous hier : « Il a beaucoup lu Byron I C'est un ange qui a étudié le Diable ! > Eh bien, ce diable a aussi des pensées d'ange, et il aura trouvé ce qu'il espérait!
Adieu,